Ὁ μὲν θερισμὸς πολύς,
οἱ δὲ ἐργάται ὀλίγοι·
δεήθητε οὖν τοῦ κυρίου τοῦ θερισμοῦ
ὅπως ⸂ἐργάτας ἐκβάλῃ⸃
εἰς τὸν θερισμὸν αὐτοῦ.


« La Moisson est abondante,
peu nombreux
sont les ouvriers.
Priez donc
le Maître de la Moisson
d’envoyer des ouvriers
à sa Moisson »

Telles sont les paroles du Seigneur Jésus que nous pouvons lire dans l’Évangile selon saint Luc (Lc 10, 2). Nous sommes conscients au niveau de la Société des Prêtres de Saint-Jacques que cette prière doit être faite encore aujourd’hui, avec insistance, persévérance et foi. La mission de l’Église d’annoncer Jésus, d’appeler à la foi et à la conversion, d’accueillir et d’accompagner, d’envoyer, de pardonner et de consoler… cette mission est grande et dépasse l’Église elle-même et chacun de ses enfants. Cette mission se situe au cœur de l’histoire (economia) du salut, dans le plan, le dessein salvifique de Dieu. Un dessein qui englobe tous les hommes sans distinction de sexe, de race, de couleur, d’appartenance sociale, etc. …

La prière pour demander au Seigneur d’envoyer des ouvriers à sa Mission se fait dans la confiance, mais aussi dans la reconnaissance. Se rappelant les œuvres de bonté du Seigneur réalisées dans notre histoire passée, on est conduit à s’adresser à lui dans les moments d’épreuves pour lui demander son aide.  Notre histoire comme Prêtres de Saint-Jacques est marquée éternellement par cet état de fait. Nos aînés ont su prier le Seigneur par l’intercession de la Vierge Marie, Notre Dame du Perpétuel-Secours, pour demander des vocations et une maison pour accueillir et former les premiers Prêtres de la Mission d’Haïti (ancien nom des Prêtres de Saint-Jacques). En effet, la formation des Prêtres de la Mission d’Haïti se réalisait dans divers lieux depuis l’ouverture d’un grand Séminaire à la rue Lhomond: le Séminaire Saint Martial, établi à côté du Séminaire Colonial, et qui a fonctionné durant 4 ans. Après cette période, la Providence a voulu que la Mission d’Haïti trouve de l’aide auprès des diocèses de Rennes et de Vannes qui ouvrirent leur séminaire aux futurs missionnaires d’Haïti.  Successeur de Mgr Testard du Cosquer (destitué par le Président haïtien Salnave le 28 juin 1869, et décédé un mois plus tard), Mgr Guilloux s’évertuera à  garantir une réelle autonomie financière, faisant appel aux prêtres de son clergé et des laïcs.  Après de longues discussions et négociations impliquant diverses partenaires, suite à une dispense obtenue du Saint-Siège, les Montfortains ont fini par accepté, en septembre 1872, de s’occuper de la formation des futurs missionnaires de la Mission d’Haïti.  Ainsi donc, en octobre 1872 fut ouvert à Pontchâteau le « Séminaire Apostolique » placé sous le vocable de Saint-François Xavier, le patron des Missions. 20 séminaristes y furent accueillis. Durant 22 ans, près de 200 prêtres séculiers furent ordonnés sur la colline du Grand Calvaire à Pontchâteau au titre de la Mission d’Haïti.

Les circonstances politiques impliquant les autorités politiques françaises et l’Église en France et l’État haïtien ont progressivement amené à la création d’un séminaire propre pour former les futurs missionnaires de Saint-Jacques. On notera avec intérêt l’apport de Mgr Laroche, alors évêque de Nantes, pour sauver provisoirement la situation en proposant de déclarer la Mison Saint-François Xavier comme annexe de son propre séminaire dirigé par des Sulpiciens. Ainsi des séminaristes d’Haïti ont été accueillis à Nantes, dans un bâtiment proche du nouveau grand séminaire.

En 1894, une religieuse de la Congrégation des Filles de la Sainte Vierge de la Retraite de Vannes-Lannion offrira une maison à ceux que l’on appellera désormais les Prêtres de Saint-Jacques. Malgré le ton merveilleux que peut prendre le récit relatant le don de ce qui est devenu depuis longtemps la Maison générale des Prêtres de Saint-Jacques, connue aussi sous le nom de Séminaire Saint-Jacques, ou Centre Missionnaire Saint-Jacques, une chose demeure sûre pour les croyants dont je suis, c’est que la propriété actuelle où se trouve la Maison Générale des Prêtres de Saint-Jacques doit être considérée comme le fruit de tous les efforts et sacrifices consentis par nos devanciers, de Mgr Martial Testard du  Cosquer, en passant par Mgr Guilloux jusqu’à Mgr Kerzusan. La prière de Mgr François Marie Kersuzan faite dans la chapelle du couvent des Sœurs de la Retraite a été exaucée, mais bien plus tôt qu’il ne pensait.

Devant une icône de Notre Dame du Perpétuel-Secours, il avait ainsi prié:

« Vous m’avez donné des élèves… mais à quoi bon, si je n’ai plus de séminaire pour les abriter, ni de directeurs pour les former? Il n’est pas digne de vous de laisser votre œuvre inachevée« . Et ce serait au milieu de cette prière que la Supérieure de la maison venait lui faire part de la réception d’une lettre l’entretenant d’une maison à donner et pour laquelle on ne trouve pas d’acceptant: le château de Lézérasien, dans le quartier de Saint-Jacques, en la paroisse de Guiclan.

Ainsi donc, Dieu s’est montré encore une fois Providence en donnant des vocations et des moyens pour former les futurs missionnaires.

Aujourd’hui, cette merveilleuse histoire se poursuit. Certes, depuis une quinzaine d’année, la Société des Prêtres de Saint-Jacques ne reçoit aucune nouvelle vocation de cette terre missionnaire, de la Fille Aînée de l’Église. Pourtant, le mystère de la grâce ne cesse pas. Les Prêtres de Saint-Jacques poursuivent leur mission, auréolés d’un grand dynamisme dont les racines se trouvent la Providence divine et le charisme propre de l’Institut entièrement consacré à la Mission de l’Église. Missio ad Extra, ad Vitam, ad Gentes et cum ecclesia.

Depuis quelques années, ils accueillent des confrères venant d’Haïti et du Brésil, alors qu’ils continuent de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour interpeller, appeler, accueillir et accompagner des vocations en France.

La Société des Prêtres de Saint-Jacques vit une grande et constante solidarité avec les Églises particulières où elle est présente. Elle partage la soif et la faim des Églises locales d’accueillir de nouveaux ouvriers pour l’abondante moisson de notre temps. Elle espère avec les diocèses et les paroisses les temps nouveaux promis par le Seigneur. Alors, pleine d’espérance, elle partage l’attente des catholiques, prêtres et laïcs des jours nouveaux. Elle en accueille des signes dans l’intérêt que portent les gens pour Dieu, pour le connaître, pour vivre en communion avec lui. Dieu se trouve au carrefour d’une quête de sens.  Il se trouve dans le questionnement intérieur et profond, même inconscient de ces personnes se souvenant du passé religieux et glorieux de la France, et de la Bretagne en particulier. Dieu est présent dans l’espérance des croyants, qui espèrent contre vents et marrées, mais qui demandent un signe pour pouvoir traverser la nuit de ce temps, comme l’aurore du monde nouveau qui doit naître.

Continuellement, la Société des Prêtres de Saint-Jacques s’associe volontiers au questionnement de l’Église, à toute recherche ecclésiale pour réaliser la mission que le Seigneur lui confie: celle précisément de faire du monde entier un peuple de disciples:

πορευθέντες ⸀οὖν μαθητεύσατε πάντα τὰ ἔθνη,
⸀βαπτίζοντες αὐτοὺς
εἰς τὸ ὄνομα τοῦ πατρὸς καὶ τοῦ υἱοῦ καὶ τοῦ ἁγίου πνεύματος,

Allez ! De toutes les nations faites des disciples :
baptisez-les
au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,

C’est pour prendre part à cette mission commune et unique de l’Église que la Société des Prêtres de Saint-Jacques existe. Sa vie et toutes ses activités sont au service de l’unique mission de l’Église à faire connaître Jésus le Christ, Dieu incarné pour rejoindre les hommes et tout l’homme, en vue du salut de tous.

La Société des Prêtres de Saint-Jacques se réjouit de toutes ces belles choses vécues au cœur de l’Église, comme la quête de la vérité et de la justice, comme l’engagement concret au pardon et à la réconciliation, comme l’accompagnement de nos semblables  sur le chemin de la vérité et de la vraie foi.

Elle est heureuse d’accueillir des jeunes qui veulent se donner pour le service de la mission, avec une conscience claire et une attitude humble faite d’une entière disposition à servir.

La Société des Prêtres de Saint-Jacques rend toute grâce à Dieu pour ses jeunes séminaristes formés en France, au Brésil et en Haïti. Elle se réjouit d’une joie immense de l’ouverture d’une Année propédeutique au Brésil, où trois jeunes Brésiliens sont accueillis.

Après avoir connu la joie de vivre l’ordination diaconale en vue du presbytérat de deux de ses membres : Carlsendro LOHIER et Richelin CHERY le 23 juin dernier, elle s’apprête à accueillir dans la joie et une immense reconnaissance à Dieu, l’ordination presbytérale de trois de ses membres. Il s’agit de Bertholy CHERUBIN, de Jean Mike Dowel LOUIS et de Lanio MAXIMIN. La célébration d’ordination aura lieu le 24 août, en la Cathédrale de Saint Jacques et Saint Philippe, dans le diocèse de Jacmel, dans le département du sud-est d’Haïti.

La Société des Prêtres de Saint-Jacques recommande à vos prières les prochains ordinands. Elle vous demande également de prier pour le diocèse de Jacmel et son évêque, Mgr Erick Maire Toussaint GLANDAS, ainsi que pour les deux jeunes qui seront ordonnés prêtres avec ceux de notre Institut missionnaire.

Ainsi donc, relisant notre Histoire à la lumière de ces ordinations presbytérales, nous voulons rendre grâce au Seigneur, dont le Perpétuel-Secours nous accompagne à chaque instant. Nous le prions, comme l’a fait autrefois Mgr Kersuzan d’envoyer de nouveaux ouvriers à sa Moisson, en France, au Brésil et en Haïti.