Société des Prêtres de Saint-Jacques

Missionnaires en Haïti, au Brésil et en France

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La Lettre de Saint-Jacques n° 215

 

 

Chère Lectrice, cher Lecteur, ami(e)

Octobre 2019, Mois extraordinaire de la Mission. Le Pape François, tenant fermement à la dynamique de la Mission de l’Eglise, préside du 6 au 27 octobre le Synode sur l’Amazonie qu’il a convoqué, il y a de cela plus d’une année. « Baptisés et Envoyés. L’Eglise du Christ en Mission dans le Monde ». C’est ce thème d’engagement universel de tous et de toutes qui oriente les travaux des Pères et des participants à ce synode inédit, dont la préparation a été confiée par le Pape François au Cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples.

Dans la lettre qu’il lui a adressée, le 22 octobre 2017, le Pape avait exprimé son souhait et ses attentes : « Que le Mois missionnaire extraordinaire soit une occasion de grâce intense et féconde pour promouvoir des initiatives et intensifier de manière singulière la prière – âme de toute mission –, l’annonce de l’Évangile, la réflexion biblique et théologique sur la mission, les œuvres de charité chrétienne et les actions concrètes de coopération et de solidarité entre les Église, afin que se réveille et ne nous soit jamais volé l’enthousiasme missionnaire ».
Cependant, le Synode de l’Amazonie se veut être un cri à la conscience, une mémoire de la mission, une option pour la vie. Il s’insère dans le processus postconciliaire en défense de la vie, qui a commencé en Amérique Latine avec Medellin (1968 ; « libération », « option pour les pauvres »), a continué avec Puebla (1979 ; « assomption/rédemption »), Santo Domingo (1992 ; « Inculturation) et Aparecida (2007 ; « Mission »).

Aussi, devons-nous sans cesse nous rappeler que nous sommes tous envoyés par le Père pour annoncer l’Évangile. « De même que le Père m’a envoyé, dit Jésus, moi aussi, je vous envoie » (cf. Jn 20, 21). À travers l’Église que nous sommes, le Seigneur veut atteindre tous les milieux afin de former un seul troupeau sous la gouvernance d’un même pasteur. Aujourd’hui retentit encore dans le monde ce que Jésus dit à Pierre « Avance en eau profonde ! » (cf. Lc 5, 4). Le missionnaire, comme l’est tout baptisé, doit avoir la certitude d’être un « envoyé ». Être missionnaire est un acte d’obéissance, une réponse à ce que Jésus nous a demandé :  » Si tu m’aimes, garde mes commandements « . Faire partie de la Grande Famille de Dieu est un grand privilège mais cela implique une responsabilité.

Avec le pape François, nous nous rendons compte, de plus en plus et de mieux en mieux, de l’existence des périphéries innombrables : « Sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile » (EG n° 20). Cette réalité soulève la question du zèle et de la fidélité à notre vocation, pour partager la vie et les merveilleuses richesses de l’Évangile à toutes et à tous. Puisque l’Évangile est puissance de Dieu pour le salut du monde, il est essentiel que l’on s’assure de l’annonce évangélique dans le contexte du monde d’aujourd’hui.

Dans la conception de l’évangélisation, on n’est pas là pour enseigner une doctrine. Il s’agit d’établir une relation personnelle entre l’homme et Jésus Christ. Toute personne a le droit imprescriptible de connaître Jésus Christ. Il faut être capable de donner à chaque personne de pouvoir dire : « Jésus Christ m’a aimé et il s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Il s’agit donc d’un devoir pour moi d’annoncer l’Évangile, comme il est du droit de chaque être humain de se le voir annoncer : « Malheur donc à moi si je n’annonce pas l’Évangile » (1 Co 9, 16). Évangéliser n’est pas un acte individuel et isolé, mais c’est un acte profondément ecclésial. Le chemin de la mission est celui de la solidarité, de l’inculturation et du dialogue, à l’exemple du Christ qui, par son incarnation, s’est engagé lui-même dans les circonstances sociales et culturelles particulières des gens parmi lesquels il a vécu.

Chère lectrice, cher lecteur, ami/es de la Lettre de Saint-Jacques, puissions-nous comprendre et vivre ce Mois Missionnaire Extraordinaire comme un nouvel élan dans la perspective d’aller à la rencontre des autres, qui est un acte purement et pleinement missionnaire.

Père Paul DOSSOUS,
Supérieur Général
Société des Prêtres de Saint-Jacques

 

Le Document Préparatoire pour le Synode pour l’Amazonie

Amazonie : Nouveaux Chemins pour l’Église et pour une Écologie Intégrale

Préambule

Conformément à l’annonce faite par le Pape François le 15 octobre 2017, l’Assemblée Spéciale du Synode des Évêques se réunira en octobre 2019 pour se pencher sur le thème: Nouveaux chemins pour l’Église et pour l’écologie intégrale. Ces chemins d’évangélisation doivent être pensés pour et avec le Peuple de Dieu qui habite dans cette région : habitants des communautés et des zones rurales, des cités et des grandes métropoles, des populations qui habitent sur les rives des fleuves, des migrants et des personnes déplacées, et, tout spécialement, pour et avec les peuples autochtones.[1]

Dans la forêt amazonienne, d’une importance vitale pour la planète, une crise profonde a été déclenchée par une intervention humaine prolongée où prédomine une «culture du déchet» (LS 16) et une mentalité d’extraction. L’Amazonie est une région possédant une riche biodiversité ; elle est multiethnique, multiculturelle et multireligieuse, un miroir de toute l’humanité qui, pour défendre la vie, exige des changements structurels et personnels de tous les êtres humains, des États et de l’Église.

Les réflexions du Synode Spécial vont bien au-delà du cadre strictement ecclésial amazonien, car elles s’étendent à l’Église universelle et même au futur de toute la planète. À partir d’un territoire spécifique, nous voulons jeter un pont vers d’autres biomes essentiels de notre monde dont, entre autres, le bassin du Congo, le couloir biologique méso-américain, les forêts tropicales de l’Asie-Pacifique et l’aquifère Guarani.

Être à l’écoute des peuples indigènes et de toutes les communautés qui vivent en Amazonie, en tant que premiers interlocuteurs de ce Synode, revêt aussi une importance vitale pour l’Église universelle. Pour cela nous avons besoin d’une plus grande proximité. Nous devons savoir: comment imaginons-nous un “avenir serein” et le “bien vivre” des générations futures ? Comment pouvons-nous collaborer à l’édification d’un monde qui doit rompre avec les structures qui ôtent la vie et avec les mentalités de colonisation pour construire des réseaux de solidarité et d’interculturalité ? Et, surtout, quelle est la mission particulière de l’Église face à cette réalité ?

Ce Document Préparatoire se divise en trois parties correspondant à la méthode “voir, juger (discerner) et agir”. À la fin, le texte est complété par des questions en vue d’un dialogue et d’une approche progressive de la réalité et de l’attente régionale d’une «culture de la rencontre» (EG 220). Les nouveaux chemins de l’évangélisation et ceux qui tendent à modeler une Église au visage amazonien passent par les sentiers de cette «culture de la rencontre» dans la vie quotidienne, «dans une harmonie multiforme» (EG 220) et une « sobriété heureuse » (LS 224-225), comme autant de contributions à l’édification du Royaume.

I. VOIR. IDENTITÉ ET ASPIRATIONS DE LA PANAMAZONIE[2]

1. Le territoire

Le bassin amazonien représente pour notre planète une des plus grandes réserves de biodiversité (30 à 50% de la flore et de la faune mondiales) et d’eau douce (20% d’eau douce non congelée de toute la planète); il possède plus d’un tiers des forêts primaires de la planète et, même si les océans sont les principaux capteurs de carbone, ce n’est pas pour autant que le travail de capture du carbone de l’Amazonie cesse d’être significatif. Il s’étend sur sept millions et demi de kilomètres carrés et neuf pays se partagent ce grand biome (Bolivie, Brésil Colombie, Équateur, Guyana, Pérou, Surinam, Venezuela, y compris la Guyane française comme Territoire d’outre-mer).

Ce qu’on a coutume d’appeler l’“Isla de la Guayana” ou “Ile guyanaise”, délimitée par le fleuve Orénoque, le Rio Negro, le fleuve Amazone et les côtes atlantiques de l’Amérique du Sud, entre les embouchures de l’Orénoque et de l’Amazone, fait également partie de ce territoire. D’autres espaces sont intégrés à ce territoire car, compte tenu de leur proximité avec l’Amazonie, ils subissent l’influence de son régime climatique et géographique.
Cependant, ces données ne configurent pas une région homogène. Nous devons constater que l’Amazonie comportent plusieurs types d’“ Amazonies” en son sein. Dans ce contexte, c’est l’eau, à travers ses cours d’eau, ses rivières et ses lacs, qui constitue l’élément articulateur et intégrateur, dont l’axe majeur est l’Amazone, le fleuve mère et père de tous. Sur un territoire amazonien si différent, nous pouvons comprendre que les différents groupes humains qui l’habitent ont dû s’adapter aux diverses réalités géographiques, écosystémiques et politiques.
Durant de nombreux siècles, l’œuvre de l’Église catholique en Amazonie a tendu à apporter des réponses à ces différents contextes humains et environnementaux.

2. Diversité socioculturelle

Étant donné ses proportions géographiques, l’Amazonie est une région où vivent et cohabitent des peuples et des cultures différents, avec des modes de vie distincts.
Pendant longtemps, parfois même des milliers d’années, l’occupation démographique de l’Amazonie a précédé le processus de colonisation ; la prédominance géographique en Amazonie se concentrait près des grands fleuves et des lacs, pour une question de survie qui incluait les activités de la chasse, de la pêche et la culture des terres inondables. Avec la colonisation, et avec la pratique étendue de l’esclavage indigène, de nombreux peuples abandonnèrent ces lieux et se réfugièrent à l’intérieur de la forêt. En outre, au cours de la première phase de la colonisation, un processus de remplacement de la population s’est produit, avec une forte concentration sur les rives des fleuves et des lacs.

Bien au-delà des circonstances historiques, les peuples des eaux, dans ce cas précis celui de l’Amazonie, ont toujours entretenu ensemble une relation d’interdépendance avec les ressources hydriques. C’est ainsi que les paysans (campesinos) et leurs familles d’Amazonie utilisent les ressources des terres inondables en respectant, comme toile de fond, le mouvement cyclique de ses fleuves – inondation, reflux et période de sécheresse – en un rapport de respect qui sait que “ la vie mène au fleuve ” et “ le fleuve mène à la vie ”. De plus, les peuples de la forêt, cueilleurs et chasseurs par excellence, survivent avec ce que la terre et la forêt leur offrent. Ces populations veillent sur les rivières et prennent soin de la terre, de la même manière que la terre prend soin d’eux. Elles sont les gardiennes de la forêt et de ses ressources.

Cependant, la richesse de la forêt et des fleuves de l’Amazonie est aujourd’hui menacée par les grands intérêts économiques qui s’installent sur diverses parties du territoire. De tels intérêts provoquent, entre autres, l’intensification de l’abattage inconsidéré de la forêt, la pollution des rivières, des lacs et des affluents (à cause de l’usage excessif d’agrotoxiques, de dérivés pétroliers et de l’exploitation minière légale et illégale, et des dérivés de la production de drogues). À cela s’ajoute la trafic de drogue qui, en plus de ce qui précède, met en danger la survie des peuples qui dépendent des ressources animales et végétales de ces territoires.

D’un autre côté, les villes d’Amazonie ont connu une croissance très rapide et ont intégré de nombreux migrants contraints de quitter leurs terres et poussés vers la périphérie des grands centres urbains qui avancent vers l’intérieur de la forêt. Dans leur majorité, ce sont des autochtones, des riverains et des Afro-descendants expulsés par l’exploitation minière légale ou illégale, l’industrie d’extraction pétrolière, acculés par l’expansion de l’extraction de bois et les plus touchés par les conflits agraires et socio-environnementaux. Les villes sont également caractérisées par les inégalités sociales. La pauvreté qui s’est développée tout au long de l’histoire a engendré des rapports de subordination, de violence politique et institutionnelle, l’augmentation de la consommation d’alcool et de drogues – aussi bien dans les villes que dans les petites communautés – et représente une blessure profonde dans le corps des différents peuples amazoniens.

Les mouvements migratoires les plus récents concernant la région amazonienne se caractérisent surtout par une migration des autochtones de leurs terres vers les villes. Actuellement entre 70 % et 80 % de la population de la Panamazonie habitent dans les villes. Beaucoup de ces indigènes sont sans-papiers ou en situation irrégulière, réfugiés, “ribereños” (riverains) ou appartiennent à d’autres catégories de personnes vulnérables. Cela provoque une attitude croissante de xénophobie et de criminalisation des migrants et des personnes déplacées dans toute l’Amazonie. En même temps, cela donne lieu à l’exploitation des populations amazoniennes, victimes du changement des valeurs de l’économie mondiale, pour laquelle la valeur lucrative est supérieure à la dignité humaine. Un exemple en est l’accroissement dramatique du trafic d’êtres humains, en particulier des femmes, à des fins d’exploitation sexuelle et commerciale. Elles perdent ainsi toute possibilité de jouer un rôle dans les processus de transformation sociale, économique, culturelle, écologique, religieuse et politique de leurs communautés.

En somme, l’augmentation démesurée des activités agropastorales, d’extraction et d’abattage de la forêt amazonienne a non seulement endommagé la richesse écologique de la région, de sa forêt et de ses eaux, mais elle a aussi porté atteinte à sa richesse sociale et culturelle. Elle a conduit à un développement urbain forcé ni “ intégral ” ni “ inclusif ” du bassin amazonien. En réponse à cette situation, on constate un accroissement des capacités d’organisation et une avancée de la société civile, avec une attention particulière portée aux problématiques environnementales. Dans le domaine des relations sociales, malgré ses limites, l’Église catholique a généralement entrepris un travail significatif, en renforçant ses propres parcours à partir de sa présence incarnée et de sa créativité pastorale et sociale.
3. Identité des peuples autochtones
Les neuf pays qui composent la Panamazonie comptent environ trois millions d’indigènes, représentant quelque 390 peuples et nationalités distincts. De même, selon des données fournies par les institutions spécialisées de l’Église (par ex. Consejo Indigenista Misionero de Brasil, le Conseil Indigène Missionnaire du Brésil) et d’autres, entre 110 et 130 Pueblos Indígenas en Aislamiento Voluntario (PIAV), c’est-à-dire des Peuples Indigènes en Isolement Volontaire ou “ peuples libres ” vivent sur ce territoire. Par ailleurs, ces derniers temps, on a vu apparaître une nouvelle catégorie de personnes constituée par les autochtones qui vivent au sein du tissu urbain, dont certains sont reconnaissables comme tels, tandis que d’autres disparaissent dans ce contexte et sont, pour cela, qualifiés d’“ invisibles ”. Chacun de ces peuples représente une identité culturelle particulière, une richesse historique spécifique et une façon particulière de voir le monde et ce qui l’entoure et d’entretenir avec lui une cosmovision et une territorialité spécifiques.

Au-delà des menaces qui émergent de leurs propres cultures, les peuples autochtones ont subi, dès leurs premiers contacts avec les colonisateurs, de fortes menaces externes (cf. LS 143, DAp 90). Contre ces menaces, les peuples indigènes et les communautés amazoniennes s’organisent, luttent pour la défense de leurs vies et de leurs cultures, de leurs terres et de leurs droits, et de la vie de l’univers et de la création tout entière. Les plus vulnérables demeurent toutefois les “ Peuples Indigènes en Isolement Volontaire ” (PIAV), qui ne possèdent aucun instrument de dialogue et de négociation avec les agents extérieurs qui envahissent leurs territoires.

Certains “ non-Indigènes ” ont de grandes difficultés à comprendre l’altérité indigène et, très souvent, ne respectent pas la différence de l’autre. À propos du respect des peuples autochtones et afro-américains, le document d’Aparecida déclare: « La société tend à les mépriser, en méconnaissant leur différence. Leur situation sociale est marquée par l’exclusion et la pauvreté» (DAp 89). Cependant, comme l’a fait remarquer le Pape François à Puerto Maldonado : «Leur cosmovision, leur sagesse ont beaucoup à nous enseigner, à nous qui n’appartenons pas à leur culture. Tous les efforts que nous déploierons pour améliorer la vie des peuples amazoniens seront toujours insuffisants» (Fr. PM).

Ces dernières années, les peuples indigènes ont commencé à écrire leur propre histoire et à découvrir d’une manière plus formelle leurs cultures, leurs coutumes, leurs traditions et leurs savoirs. Ils ont raconté les enseignements reçus de leurs aînés, de leurs parents et de leurs grands-parents, qui constituent leur mémoire personnelle et collective. Aujourd’hui, être autochtone ne se réduit pas seulement à une appartenance ethnique. Mais cela se réfère aussi à la capacité de conserver leur identité sans s’isoler des sociétés qui les entourent et avec lesquelles elles interagissent.

Face à ce processus d’intégration surgissent des organisations indigènes qui militent pour le renforcement de l’histoire de leurs peuples, pour orienter la lutte en faveur de l’autonomie et de l’autodétermination : «Il est juste de reconnaître qu’il existe des initiatives porteuses d’espérance qui naissent dans vos propres rangs et dans vos organisations et permettent que les peuples autochtones eux-mêmes ainsi que les communautés soient les gardiens des forêts, et que les ressources produites par la sauvegarde de ces forêts reviennent comme bénéfice à leurs familles, pour l’amélioration de leurs conditions de vie, pour la santé et l’éducation de leurs communautés» (Fr. PM). Toutefois, aucune initiative ne peut ignorer que la relation d’appartenance et de participation qu’entretiennent les habitants de l’Amazonie avec la création fait partie de leur identité et contraste avec une vision mercantiliste des biens de la création (cf. LS 38).

Dans beaucoup de ces contextes, l’Église catholique est présente, à travers ses missionnaires, hommes et femmes, engagés dans la cause des peuples autochtones et amazoniens.

4. Mémoire historique ecclésiale

Le début de l’histoire de la présence de l’Église en Amazonie s’insère dans le cadre de l’occupation coloniale espagnole et portugaise. L’incorporation de l’immense territoire amazonien à la société coloniale puis son appropriation par des États nationaux se sont déroulées au cours d’un processus qui a duré plus de quatre siècles. Jusqu’au début du XXème siècle, les voix qui s’élevaient pour défendre les peuples indigènes étaient faibles – mais non absentes – (cf. Pio X, Lettre encyclique Lacrimabili Statu, 7.06.1912). Avec le Concile Vatican II, ces voix se sont renforcées. Pour encourager «le processus de changement avec les valeurs évangéliques», la IIème Conférence de l’Épiscopat latino-américain, organisée à Medellín (1968), rappela, dans son Message aux Peuples d’Amérique latine, que «malgré ses limites», l’Église « a vécu avec nos peuples le processus de la colonisation, de la libération et de l’organisation ». Et la IIIèmeConférence de l’Épiscopat latino-américain, qui s’est tenue à Puebla (1979), nous a rappelé que l’occupation et la colonisation du territoire amérindien furent « un énorme processus de dominations », chargé de « contradictions et de déchirements » (DP 6). Plus tard encore, la IVèmeConférence de Saint-Domingue (1992) a attiré notre attention sur «un des épisodes les plus tristes de l’histoire latino-américaine et des Caraïbes», qui «fut le déplacement forcé, comme esclaves, d’un immense nombre d’Africains». Saint Jean-Paul II qualifia ce déplacement d’«holocauste méconnu» auquel «ont pris part des personnes baptisées qui n’ont pas vécu leur foi» (DSD 20; cf. Jean-Paul II, Discours à la communauté catholique de l’île de Gorée, Sénégal, 22.02.1992, n.3; Message aux Afroaméricains, Saint-Domingue, 12.10.1992, n.2). Pour cette «offense scandaleuse pour l’histoire de l’humanité » (DSD 20), le Pape et les délégués à Saint-Domingue demandèrent pardon.

Aujourd’hui, malheureusement, des vestiges du projet de colonisation demeurent, créant des représentations d’infériorisation et de diabolisation des cultures indigènes. Cela affaiblit les structures sociales autochtones et permettent de les déposséder de leurs connaissances intellectuelles et de leurs moyens d’expression. Ce qui est effrayant, c’est qu’aujourd’hui, 500 ans après la conquête, plus ou moins 400 ans de mission et d’évangélisation organisées et 200 ans d’indépendance des pays qui forment la Panamazonie, des processus similaires continuent de s’étendre sur ce territoire et ses habitants, victimes aujourd’hui d’un néocolonialisme féroce «sous couvert de progrès». Probablement, comme l’a affirmé le Pape François à Puerto Maldonado, les peuples natifs d’Amazonie n’ont jamais autant été menacés qu’aujourd’hui. Désormais, à cause de l’offense scandaleuse des «nouveaux colonialismes», «l’Amazonie est une terre disputée sur plusieurs fronts » (Fr. PM).

Au long de son histoire missionnaire, l’Amazonie a été un lieu concret de crucifixion, avec de nombreux lieux de martyre. L’Église a également appris que les nombreux et différents peuples qui habitent ce territoire depuis dix mille ans ont bâti leurs cultures en harmonie avec le milieu environnant. Les cultures précolombiennes ont offert au christianisme ibérique qui accompagnait les “conquistadores”, de multiples ponts et connections possibles «comme l’ouverture à l’action de Dieu, avec un sentiment de gratitude pour les fruits de la terre, le caractère sacré de la vie humaine et la valorisation de la famille, le sens de la solidarité et de la coresponsabilité dans le travail commun, l’importance du culte, la croyance en une vie au-delà la vie terrestre, et bien d’autres valeurs » (DSD 17).

5. Justice et droits des peuples

Le Pape François, lors de sa visite à Puerto Maldonado, a appelé à changer le paradigme historique selon lequel les États considèrent l’Amazonie comme une réserve de ressources naturelles, plus importantes que la vie des peuples natifs et sans considération pour la destruction de la nature. La relation harmonieuse entre le Dieu Créateur, les êtres humains et la nature est rompue à cause des effets nocifs de nouvelle politique d’extraction et de la pression des grands intérêts économiques qui exploitent le pétrole, le gaz, le bois, l’or, et à cause de la construction d’infrastructures (par exemple: mégaprojets hydroélectriques, axes routiers comme les routes interocéaniques) et des monocultures industrielles (cf. Fr.PM).
La culture dominante de la société de consommation et du déchet transforme la planète en une grande décharge publique. Le Pape dénonce ce modèle de développement anonyme, asphyxiant, sans mère, dont les seules obsessions sont la consommation et les idoles de l’argent et du pouvoir. De nouveaux colonialismes idéologiques s’imposent sous le mythe du progrès et détruisent les identités culturelles spécifiques. François en appelle à la défense des cultures et à la réappropriation de l’héritage qui provient de la sagesse ancestrale, qui suggère un mode de relation harmonieuse entre la nature et le Créateur. Il affirme clairement que « la défense de la terre n’a d’autre finalité que la défense de la vie » (Fr. PM). Elle doit être considérée comme une terre sainte : ‘Cette terre n’est pas orpheline! C’est la terre de la Mère’ » (Fr. EP).

D’autre part, la menace qui pèse sur les territoires amazoniens « vient de la perversion de certaines politiques qui promeuvent “ la conservation ” de la nature sans tenir compte de l’être humain et concrètement de vous frères amazoniens qui y habitez» (Fr. PM). L’orientation du Pape François est claire: «Je crois que le problème principal réside dans la façon de concilier le droit au développement, qui inclut le droit de type social et culturel, avec la protection des caractéristiques propres aux autochtones et à leurs territoires. […] En ce sens, le droit au consentement préalable et informé doit toujours prévaloir» (Fr. FPI).

Parallèlement, les populations indigènes, paysannes et d’autres secteurs populaires en Amazonie et au niveau national dans chaque pays, ont bâti leurs processus d’organisations politiques autour de méthodes fondées sur la perspective de leurs droits humains. La situation du droit au territoire des peuples autochtones en Panamazonie tourne autour d’une problématique constante relative à l’absence de régularisation des terres et de la reconnaissance de leur propriété ancestrale et collective. De même, le territoire a été dépouillé d’une interprétation intégrale reliée à l’aspect culturel et à la cosmovision de chaque peuple ou communauté indigène.

Protéger les peuples autochtones et leurs territoires est une exigence éthique fondamentale et un engagement essentiel en faveur des droits de l’homme ; et, pour l’Église, cela devient un impératif moral cohérent avec l’approche d’écologie intégrale de Laudato si’ (cf. LS, cap. IV).

6. Spiritualité et sagesse

Pour les peuples autochtones d’Amazonie, le «bien vivre» existe lorsqu’ils sont en communion avec les autres personnes, avec le monde, avec les êtres qui les entourent, et avec le Créateur. Les peuples autochtones, en effet, vivent dans la maison que Dieu lui-même a créée et leur a donné en cadeau : la Terre. Leurs diverses spiritualités et croyances les incitent à vivre en communion avec la terre, avec l’eau, avec les arbres, avec les animaux, avec le jour et la nuit. Les anciens sages, appelées indifféremment payés, mestres, wayanga o chamanes — entre autres – encouragent l’harmonie des personnes entre elles et avec le cosmos. Tous sont « la mémoire vivante de la mission que Dieu nous a donnée à tous : sauvegarder la Maison Commune » (Fr. PM).

Les autochtones amazoniens conçoivent la proposition du «bien vivre» comme celle d’une vie pleine dans l’horizon de la co-création du Royaume de Dieu. Ce bien vivre ne sera possible que lorsque se réalisera vraiment le projet communautaire pour la défense de la vie, du monde et de tous les êtres vivants.

«Nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude» (LS 53). L’édification de ce rêve commence au sein de la famille, première communauté de notre existence : «La famille est et a toujours été l’institution sociale qui a contribué le plus à maintenir vivantes nos cultures. Aux moments de crise par le passé, face aux différents impérialismes, la famille des peuples autochtones a été le meilleur rempart de la vie» (Fr. PM).

Il faut toutefois reconnaître que la région amazonienne connaît une grande diversité culturelle et religieuse. Bien que la majorité œuvre en faveur du «bien vivre» comme projet d’harmonie entre Dieu, les peuples et la nature, certaines sectes, motivées par des intérêts extérieurs au territoire, ne favorisent pas toujours une écologie intégrale.

II. DISCERNER. VERS UNE CONVERSION PASTORALE ET ÉCOLOGIQUE

7. Annoncer l’Évangile de Jésus en Amazonie: dimension biblico-théologique

La réalité spécifique de l’Amazonie et son destin interpellent aujourd’hui toute personne de bonne volonté sur l’identité du cosmos, sur son harmonie vitale et sur son futur. Les évêques d’Amérique latine reconnaissent que la nature est un héritage gratuit et, en tant que prophètes de la vie, ils s’engagent à protéger cette Maison Commune (cf. DAp 471).
Les récits bibliques contiennent un certain nombre d’exemples théologiques porteurs de valeurs universelles. Surtout, chaque réalité créée existe pour la vie et tout ce qui conduit à la mort s’oppose à la volonté divine. En second lieu, Dieu établit un rapport de communion avec l’être humain «créé à son image et à sa ressemblance» (Gn 1, 26), à qui il confie la sauvegarde de la création (cf. Gn 1, 28 ; 2, 15). «Rendre grâce pour le don de la création, reflet de la sagesse et de la beauté du […] Créateur […] qui a recommandé à l’être humain son œuvre créatrice pour qu’il la cultive et la garde» (DAp 470). Enfin, à l’harmonie de la relation entre Dieu, l’être humain et le cosmos s’opposent la disharmonie de la désobéissance et du péché (cf. Gn 3, 1-7), qui entraîne la peur (cf. Gn 3, 8-10), le rejet de l’autre (cf. Gn 3, 12), la malédiction du sol (cf. Gn 3, 17), l’exclusion du jardin (cf. Gn 3, 23-24) jusqu’à conduire à l’expérience fratricide (cf. Gn 4, 1-16).

En même temps, les récits bibliques témoignent que dans cette création blessée, le germe de la promesse et la graine de l’espérance ont été plantés, car Dieu n’abandonne jamais l’œuvre de ses mains. Dans l’histoire du salut, il renouvelle sa proposition de “ faire alliance ” entre l’être humain et la terre, en réhabilitant, par le don de la Torah, la beauté de la création. Tout cela culmine dans la personne et dans la mission de Jésus. Tout en montrant de la compassion pour l’humanité et sa fragilité (cf. Mt 9, 35-36), il confirme la bonté de toutes les choses créées (cf. Mc 7, 14-15). Les prodiges accomplis sur les malades et sur la nature révèlent à la fois la providence du Père et la bonté de la création (cf. Mt 6, 9-15.25-34).

Le monde créé nous invite à louer la beauté et l’harmonie des créatures et du Créateur (cf. LS 12). Comme le signale le Catéchisme de l’Église Catholique, «chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres». Dans leur être, les différentes créatures reflètent « un rayon de la sagesse et de la bonté infinie de Dieu» et de son amour (CCC339). «Le sol, l’eau […] tout est caresse de Dieu» (LS 84), chant divin dont les paroles sont constituées par «la multitude des créatures présentes dans l’univers», comme l’affirma Saint Jean-Paul II (Catéchèse, 30.01.2002). Quand une quelconque de ces créatures connaît l’extinction à cause de l’homme, elle ne peut plus chanter les louanges du Créateur (cf. LS 33).

La providence du Père et la bonté de la création atteignent leur apogée dans le mystère de l’incarnation du Fils de Dieu, qui touche et étreint tous les contextes humains, mais surtout celui des plus pauvres. Le Concile Vatican II mentionne cette proximité contextuelle par des termes comme adaptation et dialogue (cf. GS 4, 11 ; CD 11 ; UR 4 ; SC37sq.), et incarnation et solidarité (cf. GS 32). Plus tard, surtout en Amérique latine, ces mots se traduisirent par option pour les pauvres et libération (Medellín 1968), participation et communautés de base (Puebla 1979), insertion et inculturation (cf. Saint-Domingue 1992), mission et service d’une Église samaritaine et avocate des pauvres (cf. DAp2007).

Avec la mort et la résurrection de Jésus, le destin de l’humanité tout entière s’illumine, imprégné de la puissance de l’Esprit Saint, déjà évoquée dans la tradition sapientielle (cf. Sg 1, 7). Pâques porte à son accomplissement le projet d’une “ création nouvelle ” (cf. Ep 2, 15 ; 4, 24), révélant que le Christ est le Verbe créateur de Dieu (cf. Jn 1, 1-18) et que « tout a été créé par lui et pour lui » (Col 1, 16). «Pour la compréhension chrétienne de la réalité, le destin de toute la création passe par le mystère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses» (LS 99).

La tension entre le “ déjà ” et le “ pas encore ” concerne la famille humaine et le monde entier : « Car la création en attente aspire à la révélation des Fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité, non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise, c’est avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement » (Rm 8, 19-22). Dans le mystère pascal du Christ, la création tout entière tend vers son accomplissement final, quand «les créatures de ce monde ne se présentent plus à nous comme une réalité purement naturelle, parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude. Même les fleurs des champs et les oiseaux, qu’émerveillé il a contemplés de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse» (LS100).

8. Annoncer l’Évangile de Jésus en Amazonie: dimension sociale

La mission évangélisatrice a toujours un « contenu inévitablement social » (EG 177). Croire en un Dieu Trine nous invite à avoir toujours présent à l’esprit «que nous avons été créés à l’image de la communion divine, pour laquelle nous ne pouvons nous réaliser ni nous sauver tout seuls» (EG 178). En effet, «à partir du cœur de l’Évangile, nous reconnaissons la connexion intime entre évangélisation et promotion humaine» (EG 178), entre l’acceptation et la transmission de l’amour divin. Ainsi, si nous acceptons l’amour de Dieu Père Créateur qui nous a conféré une dignité infinie, l’amour du Dieu Fils qui nous a anoblis par sa rédemption, et l’amour de l’Esprit Saint qui pénètre et libère tous nos liens humains, nous ne pouvons communiquer cet amour trinitaire qu’en respectant et en favorisant la dignité, la noblesse et la liberté de chaque être humain dans toutes nos actions évangélisatrices (cf. EG 178). En d’autres termes, la tâche évangélisatrice consistant à recevoir et à transmettre l’amour de Dieu commence par le désir, la recherche et l’attention aux autres (cf. EG 178).
Par conséquent, évangéliser implique de s’engager avec nos frères et sœurs, améliorer la vie communautaire et ainsi «rendre présent dans le monde le Royaume de Dieu» (EG 176), en mettant en œuvre par et pour tout le monde (cf. Mc 16, 15) non pas « une charité à la carte » (EG 180), mais un véritable développement humain intégral, c’est-à-dire pour toutes les personnes et pour toute la personne (cf. PP 14 et EG 181). C’est ce qu’on appelle le “critère d’universalité” de la mission évangélisatrice, «du moment que le Père désire que tous les hommes soient sauvés et que son dessein de salut consiste dans la récapitulation de toutes choses, celles du ciel et celles de la terre sous un seul Seigneur, qui est le Christ (Ep 1, 10) […]

Toute la création signifie aussi tous les aspects de la nature humaine» (EG 181), toutes ses relations.

Les récits bibliques de la création font déjà ressortir que l’existence humaine se caractérise par «trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre […] les trois relations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché» (LS 66). La rédemption du Christ, qui a vaincu le péché, offre la possibilité d’harmoniser ces relations. La «mission de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ », apporte ainsi l’espérance, non seulement dans la finalité de l’histoire, mais dans le cours même de l’histoire des peuples, en une histoire de valorisation et de recomposition de toutes les relations de notre existence (cf. EG 181). Il s’ensuit que la mission évangélisatrice nous invite à œuvrer contre les inégalités sociales et le manque de solidarité, grâce à la promotion de la charité et de la justice, de la compassion et de l’attention aux autres, entre nous, certes, mais aussi envers les autres êtres, animaux et plantes, et envers toute la création. L’Église est appelée à accompagner et à partager la douleur du peuple amazonien et à collaborer à la guérison de ses blessures, en affirmant concrètement son identité d’Église samaritaine, selon l’expression des évêques latino-américains (cf. DAp 26).

Cette dimension sociale – et même cosmique – de la mission évangélisatrice, est particulièrement importante en terre amazonienne, où l’interconnexion entre la vie humaine, les écosystèmes et la vie spirituelle fut et continue d’être très claire pour la grande majorité de ses habitants. La destruction est « un sillage de dilapidation et même de mort, pour toute la région […] met en danger la vie de millions de personnes et particulièrement l’habitat des paysans et des indigènes » (DAp473). Ne pas veiller à la sauvegarde de la Maison Commune «est une offense au Créateur, un attentat contre la biodiversité et, en définitive, contre la vie » (DAp 125).

Par conséquent, comme nous l’a bien rappelé le Pape François, la mission évangélisatrice ne peut pas «mutiler l’intégralité du message de l’Évangile» (EG 39). Son intégralité harmonieuse, précisément, «exige de l’évangélisateur certaines attitudes qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial» (EG165) et, par-dessus tout, assumer et assimiler que «tout est lié» (LS 91, 117, 138, 240). Cela implique que l’évangélisateur doit encourager des projets de vie personnelle, sociale et culturelle grâce auxquels nous puissions nourrir l’intégralité de nos relations vitales avec les autres, avec la création et avec le Créateur. Cet appel a besoin d’écouter attentivement le cri commun des pauvres et de la terre (cf. LS 49).

Aujourd’hui, le cri que l’Amazonie fait monter vers le Créateur, est semblable au cri du Peuple de Dieu en Égypte (cf. Ex 3, 7). C’est un cri contre l’esclavage et l’abandon, qui réclame la liberté et la protection de Dieu. C’est un cri qui désire ardemment la présence de Dieu, spécialement quand les peuples amazoniens, pour défendre leurs terres, se heurtent à la criminalisation de la protestation – aussi bien de la part des autorités que de l’opinion publique – ; ou quand ils sont témoins de la destruction de la forêt tropicale, qui constitue leur habitat millénaire; ou quand les eaux de leurs rivières charrient des espèces de mort au lieu d’être des lieux de vie.

9. Annoncer l’Évangile de Jésus en Amazonie: dimension écologique

«Anticipé et grandissant parmi nous, le Royaume concerne tout» (EG 181) et nous rappelle que «tout est lié dans le monde» (LS 16), et que, par conséquent, le «principe de discernement» de l’évangélisation est lié à un processus intégral de développement humain (cf. EG 181). Ce processus est caractérisé, comme l’explique Laudato si’ (cf. n. 137-142), par un paradigme relationnel dénommé écologie intégrale, qui regroupe les liens fondamentaux qui rendent possible un véritable développement.

Le premier degré d’articulation en vue d’un progrès authentique est un lien intrinsèque entre le social et l’environnemental. Étant donné que les êtres humains font partie des écosystèmes qui facilitent les relations qui donnent vie à notre planète, prendre soin d’eux – là où tout est lié – est fondamental pour promouvoir aussi bien la dignité de chaque individu que le bien commun de la société, aussi bien le progrès social que la sauvegarde de l’environnement.

En Amazonie, la notion d’écologie intégrale est une clef pour répondre au défi consistant à protéger l’immense richesse de sa biodiversité environnementale et culturelle. Du point de vue environnemental, l’Amazonie est non seulement «source de vie au cœur de l’Église » (REPAM), mais aussi un poumon de la planète et un des sites de majeure biodiversité du monde (cf. LS 38). En effet, le bassin amazonien possède la dernière grande forêt tropicale qui, à cause des interventions dont elle a souffert et dont elle souffre encore, constitue la plus grande superficie forestière sous les tropiques de notre Terre. Reconnaître le territoire amazonien comme bassin, au-delà des frontières des pays, facilite une vision intégrale de la région, essentielle pour la promotion d’un développement d’ensemble et d’une écologie intégrale.

D’un point de vue culturel, comme cela a été largement exposé dans la section précédente (Voir), l’Amazonie est particulièrement riche en raison des diverses cosmovisions ancestrales de ses populations. Ce patrimoine culturel, qui fait « partie de l’identité commune » de la région, est aussi « menacé » que son patrimoine environnemental (LS 143). Les menaces proviennent – principalement – d’une « vision consumériste de l’être humain, encouragée par les engrenages de l’économie globalisée actuelle, [qui] tend à homogénéiser les cultures et à affaiblir l’immense variété culturelle, qui est un trésor de l’humanité » (LS 144).

En conséquence, le processus d’évangélisation de l’Église en Amazonie ne peut se désintéresser de ce qui peut encourager la sauvegarde du territoire (nature) et de ses peuples (cultures). C’est pourquoi il faut jeter des ponts qui puissent conjuguer les savoirs ancestraux et les connaissances contemporaines (cf. LS 143-146), en particulier ceux qui se réfèrent à la gestion durable du territoire et à un développement conforme aux systèmes de valeurs et aux cultures des populations qui habitent ce territoire et qui doivent être reconnues comme ses gardiens authentiques et même comme ses propriétaires.

Mais l’écologie intégrale est plus que la simple connexion entre le social et l’environnemental. Elle comporte la nécessité de promouvoir une harmonie personnelle, sociale et écologique, qui doit passer par une conversion personnelle, sociale et écologique (cf. LS 210). L’écologie intégrale nous invite donc à une conversion intégrale. « Cela implique […] de reconnaître ses propres erreurs, péchés, vices ou négligences » et les omissions par lesquels nous « offensons la création de Dieu », et « se repentir de tout cœur » (LS 218). Ce n’est que lorsque nous sommes conscients de la façon dont notre style de vie et notre manière de produire, de commercer, de consommer et d’éliminer affectent la vie de notre milieu et de nos sociétés, que nous pouvons alors entreprendre un changement de direction intégral.

Changer de cap ou se convertir intégralement ne se réduit pas à une conversion au niveau individuel. Une transformation profonde du cœur, exprimée par un changement de nos habitudes personnelles, est aussi nécessaire qu’une transformation structurelle, exprimée par un changement des habitudes sociales, des lois et des programmes économiques. Pour parvenir à réaliser ce changement radical dont l’Amazonie et la planète ont besoin, les processus d’évangélisation ont beaucoup à apporter, surtout en raison de la profondeur avec laquelle l’Esprit de Dieu pénètre la nature et les cœurs des personnes et des peuples.

10. Annoncer l’Évangile de Jésus en Amazonie: dimension sacramentelle

Alors que l’Église reconnaît la lourde hypothèque et le pouvoir du péché surtout sur la destruction sociale et environnementale, elle ne se décourage pas dans son cheminement commun avec le peuple amazonien et s’engage à vaincre la source du péché, soutenue par la grâce du Christ. Une vision ecclésiale contemplative et une pratique sacramentelle sont les clefs de l’évangélisation en Amazonie.

«L’univers se déploie en Dieu, qui le remplit tout entier. Il y a donc une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée et dans le visage du pauvre» (LS 233). Celui qui sait contempler « ce qu’il y a de bien dans les choses et dans les expériences du monde », découvre le lien intime de toutes ces choses et expériences avec Dieu (LS 234). Voilà pourquoi la communauté chrétienne, spécialement en Amazonie, est invitée à voir la réalité avec un regard contemplatif lui permettant de saisir la présence et l’action de Dieu dans toute la création et dans toute l’histoire.

De plus, comme « les sacrements sont un mode privilégié de la manière dont la nature est assumée par Dieu et devient médiation de la vie surnaturelle», leurs célébrations sont une invitation permanente à « embrasser le monde à un niveau différent » (LS 235). Par exemple, la célébration du Baptême nous invite à considérer l’importance de l’“eau” comme source de vie, pas seulement comme instrument ou ressource matérielle, et responsabilise la communauté croyante pour qu’elle veille à cet élément comme don de Dieu pour toute la planète. Par ailleurs, puisque l’eau du Baptême purifie le baptisé de tous ses péchés, sa célébration permet à la communauté chrétienne de concevoir la valeur de l’eau et “du fleuve” comme une source de purification, facilitant ainsi l’inculturation des rites relatifs à l’eau de la sagesse ancestrale des peuples amazoniens.

La célébration de l’Eucharistie nous invite à redécouvrir comment le « Seigneur, au sommet du mystère de l’Incarnation, a voulu rejoindre notre intimité à travers un fragment de matière» (LS 236). L’Eucharistie nous renvoie donc au «centre vital de l’univers », au foyer débordant d’amour et de vie inépuisables du «Fils incarné», présent sous les espèces du pain et du vin, fruit de la terre-vigne et du travail des hommes (cf. LS 236). Dans l’Eucharistie, la communauté célèbre un amour cosmique, où les êtres humains, unis au Fils de Dieu incarné et à toute la création, rendent grâces à Dieu pour la vie nouvelle du Christ ressuscité (cf. LS 236). De cette façon, l’Eucharistie constitue une communauté, une communauté pèlerine qui devient une «source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement et elle nous invite à être gardiens de toute la création» (LS 236). En même temps, le sang de tant d’hommes et de femmes qui a été versé, baignant les terres amazoniennes pour le bien de ses habitants et de ce territoire, s’unit au Sang du Christ, versé pour tous et pour toute la création.

11. Annoncer l’Évangile de Jésus en Amazonie: dimension ecclésiale et missionnaire

Dans l’Église en sortie (cf. EG 46), «missionnaire par nature» (AG 2, DAp 347), tous les baptisés ont pour responsabilité d’être des disciples missionnaires, en s’impliquant de différentes façons et dans les divers milieux. En effet, une des richesses de la conscience magistérielle de l’Église est d’«annoncer en tout temps et en tout lieu les principes de la morale, même en ce qui concerne l’ordre social, ainsi que de porter un jugement sur toute réalité humaine, dans la mesure où l’exigent les droits fondamentaux de la personne et le salut des âmes» (CCC 2032 ; CIC can. 747).

La louange de Dieu doit nécessairement être accompagnée de la pratique de la justice en faveur des pauvres. Comme le proclame le Psaume 146 (145) : « Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! Je veux louer le Seigneur tant que je vis […] le Dieu qui libère les captifs, qui donne du pain aux affamés, qui soutient la veuve et l’orphelin ». Cette mission exige la participation de tous et une vaste réflexion qui permette d’inclure les conditions historiques concrètes, tant sociales et environnementales qu’ecclésiales. En ce sens, une approche missionnaire en Amazonie nécessite plus que jamais un magistère ecclésial à l’écoute de l’Esprit Saint, qui garantit l’unité et la diversité. Cette unité dans la diversité, selon la tradition de l’Église est structurellement traversée par ce qu’on appelle le sensus fidei du Peuple de Dieu.

Le Pape François a repris cet aspect souligné par le Concile Vatican II (cf. LG 12 ; DV 10), en rappelant que : «Dans tous les baptisés, du premier au dernier, agit la force sanctificatrice de l’Esprit qui incite à évangéliser. Le Peuple de Dieu est saint à cause de cette onction que le rend infaillible “in credendo”. Cela signifie que quand il croit il ne se trompe pas…Dieu dote la totalité des fidèles d’un instinct de la foi – le sensus fidei – qui les aide à discerner ce qui vient réellement de Dieu» (EG 119).

Ce discernement doit être accompagné par les pasteurs, en particulier par les évêques. En effet, conserver la Tradition ecclésiale, réalisée par tout le Peuple de Dieu, exige l’unité de ce Peuple avec ses pasteurs (cf. DV 10) pour la lecture et le discernement des nouvelles réalités. C’est aux évêques, comme principe d’unité du Peuple de Dieu, (cf. LG 23), qu’échoit la responsabilité de maintenir l’unité de la Tradition engendrée et basée sur les Saintes Écritures (cf. DV 9).

Aussi, le sentiment religieux de l’Amazonie, comme exemple d’expression du sensus fidei, a besoin de l’accompagnement et de la présence des pasteurs (cf. EN 48). Lorsque le Pape François a rencontré les peuples d’Amazonie, à Puerto Maldonado, il a déclaré : «J’ai voulu venir vous rendre visite et vous écouter, afin que nous soyons unis dans le cœur de l’Église, afin de partager vos défis et de réaffirmer avec vous une option sincère pour la défense de la vie, pour la défense de la terre et pour la défense des cultures». Pour leur part, les représentants des peuples présents, lui répondirent : «Nous venons écouter Votre Sainteté, pour être uni au Pape au cœur de l’Église et participer à l’édification de cette Église pour qu’elle ait toujours plus un visage amazonien». Dans cette écoute réciproque entre le Pape (et les autorités ecclésiales) et les habitants de la population amazonienne, le sensus fidei du Peuple se nourrit, se renforce et grandit dans son être ecclésial : «Nous avons besoin de nous exercer à l’art de l’écoute, qui est plus que le fait d’entendre» (EG 171).

L’Assemblée Spéciale pour la Région panamazonienne exige un vaste exercice d’écoute réciproque, en particulier d’une écoute entre les fidèles et les autorités magistérielles de l’Église. Et l’un des points sur lequel doit porter cette écoute est la plainte « de milliers de (ses) communautés privées d’Eucharistie dominicale pendant de longues périodes » (DAp 100, e). Nous sommes confiants que l’Église, enracinée dans ses dimensions synodale et missionnaire (cf. François, Discours pour la commémoration du 50ème anniversaire de l’institution du Synode des évêques, 17.10.2015), pourra engendrer un processus d’écoute (voir-écouter), un processus de discernement (juger), afin de pouvoir répondre (agir) aux situations concrètes des peuples amazoniens.

III. AGIR. NOUVEAUX CHEMINS POUR UNE ÉGLISE AU VISAGE AMAZONIEN[3]

12. Une Église au visage amazonien

«Être Église c’est être Peuple de Dieu», incarné «dans les peuples de la terre» et dans leurs cultures (EG 115). L’universalité ou catholicité de l’Église est donc enrichie par « la beauté de ce visage multiforme » (NMI 40) des différentes manifestations des Églises particulières et de leurs cultures. Comme le souligna le Pape François lors de sa rencontre avec les communautés amazoniennes à Puerto Maldonado : «Nous qui n’habitons pas ces terres, nous avons besoin de votre sagesse et de votre connaissance pour pouvoir pénétrer, sans le détruire, le trésor que renferme cette région. Et les paroles du Seigneur à Moïse résonnent: “ Retire les sandales de tes pieds, car le sol que tu foules est une terre sainte ” (Ex 3, 5) » (Fr. PM).

L’Église est appelée à approfondir son identité en fonction des réalités de son territoire et à croître dans sa spiritualité en écoutant la sagesse de ses peuples. Voilà pourquoi l’Assemblée Spéciale pour la Région panamazonienne est appelée à rechercher de nouveaux chemins pour faire s’épanouir le visage amazonien de l’Église et pour faire face aux situations d’injustice de la région, comme le néocolonialisme des industries d’extraction, les projets infrastructurels qui nuisent à sa biodiversité et l’imposition de modèles culturels et économique étrangers à la vie des gens.

Ainsi, grâce à l’attention accordée au plan local et à la diversité des microstructures expérimentales de la région, l’Église se renforce comme contrepoids à la mondialisation et à la logique uniformisatrice encouragée par de nombreux moyens de communication et par un modèle économique qui ne respecte pas les peuples amazoniens ni leurs territoires.
Pour leur part, les Églises locales, qui sont également des Églises missionnaires, en sortie, trouvent à leurs périphéries des lieux privilégiés d’expérience évangélisatrice, car c’est là « où manquent le plus la lumière et la vie du Ressuscité » (EG 30). C’est dans les périphéries que les missionnaires rencontrent les exclus, les fugitifs, les réfugiés, les désespérés, et donc Jésus-Christ crucifié et exalté, « qui a voulu s’identifier avec une tendresse spéciale aux plus faibles et aux plus pauvres » (DP 196).

Durant la préparation du Synode, on cherchera à discerner des expériences pastorales locales, aussi bien positives que négatives, pouvant éclairer la définition de nouvelles lignes d’action.

13. Dimension prophétique

Face à la crise socio-environnementale actuelle, il est urgent de trouver des lumières d’orientation et d’action pour pouvoir mettre en œuvre une transformation des pratiques et des comportements.

Il faut absolument dépasser la myopie, l’immédiateté et les solutions à court terme. Il est nécessaire de se situer dans une perspective globale et de surmonter les intérêts propres et particuliers afin de pouvoir être responsables et d’œuvrer ensemble pour un projet commun et global.
«Tout est lié» est le point sur lequel le Pape François a beaucoup insisté, pour dialoguer avec les racines spirituelles des grandes traditions religieuses et culturelles. Le besoin se fait sentir d’un consensus autour d’un minimum d’action commune: développement intégral et durable, tel que nous l’avons décrit dans les paragraphes précédents, qui inclut entre autres, l’élevage et l’agriculture durables, l’énergie propre, le respect des identités et des droits des peuples traditionnels, l’eau potable pour tous. Ces droits sont des thèmes fondamentaux souvent absents en Panamazonie.

Un équilibre doit être respecté et l’économie doit donner la priorité à une vocation pour une vie humaine digne. Cette relation équilibrée doit veiller à l’environnement et à la vie des plus vulnérables. «Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale» (LS 139).

L’Encyclique Laudato si’ (cf. n. 216 sq.) nous invite à une conversion écologique qui implique un style de vie nouveau. L’horizon est mis sur l’autre. Il faut pratiquer la solidarité globale et dépasser l’individualisme, ouvrir des chemins nouveaux de liberté, de vérité et de beauté. La conversion signifie nous libérer de l’obsession de la consommation. Acheter est un acte moral, pas seulement économique. La conversion écologique consiste à assumer la mystique de l’interconnexion et de l’interdépendance de toute la création. La gratuité s’impose dans nos attitudes quand nous concevons la vie comme don de Dieu. Vivre sa vie dans une solidarité communautaire suppose un changement de cœur.

Ce nouveau paradigme ouvre des perspectives de transformation personnelle et dans la société. La joie et la paix sont possibles lorsque nous ne sommes plus obsédés par la consommation. Le Pape François affirme qu’une relation harmonieuse avec la nature nous permet une sobriété heureuse, la paix intérieure avec soi-même, en relation avec le bien commun, et une harmonie sereine qui implique de se contenter de ce qui est réellement nécessaire. C’est quelque chose que les cultures occidentales peuvent et même devraient apprendre des cultures traditionnelles amazoniennes et d’autres territoires et communautés de la planète. Ces peuples, «ont beaucoup à nous enseigner » (EG 198). Grâce à leur amour de la terre et à leur relation avec les écosystèmes, ils connaissent le Dieu Créateur, source de vie. Eux, « par leurs propres souffrances, ils connaissent le Christ souffrant » (EG 198). À travers leur conception de la vie sociale en dialogue, ils sont mus par l’Esprit Saint. C’est pourquoi le Pape François a souligné qu’il « est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux » et par leurs cultures, et que le devoir de la nouvelle évangélisation implique de « prêter notre voix à leurs causes, mais [nous sommes aussi appelés] à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (EG 198). Leurs enseignements pourraient, par conséquent, indiquer la voie des priorités des nouveaux chemins de l’Église en Amazonie.

14. Ministères aux visages amazoniens

À travers de multiples rencontres régionales en Amazonie, l’Église catholique a acquis plus profondément la conscience que son universalité s’incarne dans l’histoire et dans les cultures locales. C’est de cette façon que se manifeste et agit l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique (cf. CD 11). Grâce à cette conscience, aujourd’hui l’Église tourne son regard sur l’Amazonie, avec une vision d’ensemble qui lui permet de découvrir les grands défis socio-politiques, économiques et ecclésiaux qui menacent cette région, mais sans perdre son espérance en la présence de Dieu, alimentée par la créativité et la persévérance tenace de ses habitants.

Ces dernières décennies, et grâce à l’importante impulsion donnée par le Document d’Aparecida, l’Église d’Amazonie a su reconnaître qu’en raison des immenses extensions territoriales, de la grande diversité de ses peuples et des transformations rapides sur les plans socio-économiques, sa pastorale n’a connu qu’une présence précaire. Une présence plus importante était (et continue d’être) nécessaire, afin d’essayer de répondre à tout ce qui est spécifique dans cette région à partir des valeurs de l’Évangile, en reconnaissant, entre autres, l’immense extension géographique, les nombreuses voies d’accès difficile, la grande diversité culturelle et la forte influence des intérêts nationaux et internationaux en quête d’un enrichissement économique facile en exploitant les ressources de cette région. Une mission incarnée implique de repenser la faible présence de l’Église par rapport à l’immensité du territoire et à sa diversité culturelle.

L’Église au visage amazonien doit «chercher un modèle de développement alternatif, intégral et solidaire, basé sur une éthique qui inclut la responsabilité pour une authentique écologie naturelle et humaine qui s’appuie sur l’évangile de justice, sur la solidarité et sur la destinée universelle des biens et qui dépasse la logique utilitariste et individualiste qui ne soumet pas à des critères éthiques, les pouvoirs économiques et technologiques» (DAp 474 c). Il faut donc encourager l’ensemble du Peuple de Dieu, participant à la mission du Christ, Prêtre, Prophète et Roi (cf. LG 9), à ne pas rester indifférent aux injustices de la région afin de pouvoir découvrir, en restant à l’écoute de l’Esprit, les nouveaux chemins désirés.

Ces nouveaux chemins pour la pastorale de l’Amazonie exigent de « relancer la mission de l’Église» (cf. DAp 11) sur ce territoire et d’approfondir le «processus d’inculturation » (EG 126) qui exige que l’Église en Amazonie fasse des propositions «courageuses», ce qui suppose d’avoir de l’«audace» et de «ne pas avoir peur », comme nous le demande le Pape François. Le profil prophétique de l’Église se manifeste aujourd’hui à travers son profil ministériel de participation, capable de faire des peuples indigènes et des communautés amazoniennes ses «principaux interlocuteurs» (LS 146) sous tous les aspects pastoraux et socio-environnementaux sur le territoire.

Pour passer d’une présence précaire à une présence plus large et incarnée, il faut établir une hiérarchie des urgences en Amazonie. Le document d’Aparecida mentionne le besoin d’une « cohérence eucharistique» (DAp 436) pour la région amazonienne, à savoir que non seulement tous les baptisés puissent participer à la messe dominicale, mais que puissent aussi grandir des cieux nouveaux et une terre nouvelle comme anticipation du Royaume de Dieu en Amazonie.

En ce sens, le Concile Vatican II nous rappelle que le Peuple de Dieu tout entier participer au sacerdoce du Christ, même s’il faut distinguer le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel (cf. LG 10). D’où l’urgence d’évaluer et de repenser les ministères nécessaires aujourd’hui pour répondre aux objectifs d’«une Église avec un visage amazonien et une Église avec un visage indigène» (Fr. PM). Une priorité est de préciser les contenus, les méthodes et les comportements en vue d’une pastorale inculturée, capable de répondre aux grands défis de ce territoire. Une autre est de proposer de nouveaux ministères et services pour les différents agents pastoraux qui correspondent aux tâches et aux responsabilités de la communauté. Dans cette ligne, il convient de discerner le type de ministère officiel qui peut être conféré aux femmes, en tenant compte du rôle central joué aujourd’hui par les femmes dans l’Église amazonienne. Il est également nécessaire de promouvoir le clergé autochtone et natif de ce territoire, en affirmant son identité culturelle propre et ses valeurs. Enfin, il faut repenser de nouveaux chemins pour que le Peuple de Dieu ait plus fréquemment un meilleur accès à l’Eucharistie, centre de la vie chrétienne (cf. DAp 251).

15. Nouveaux chemins

Dans le processus consistant à penser une Église au visage amazonien, nous rêvons de poser les pieds sur la terre de nos ancêtres et, les yeux ouverts, nous imaginons comment sera l’Église à partir de l’expérience de la diversité culturelle des peuples. Les nouveaux chemins auront une incidence sur les ministères, la liturgie et la théologie (théologie indienne).[4]
L’Église est arrivée jusqu’à ces peuples en étant mue par le mandat de Jésus et par la fidélité à son Évangile. Aujourd’hui, il faut découvrir «avec joie et respect les semences du Verbe qui se trouvent cachées» (AG 11) dans cette région.

L’ensemble du Peuple de Dieu, avec ses évêques et ses prêtres, ses religieux et ses religieuses, ses missionnaires hommes et femmes et ses laïcs, est appelé à entrer, le cœur grand ouvert, dans ce nouveau chemin ecclésial. Tous sont appelés à vivre avec les communautés et à s’engager pour défendre leurs vies, les aimer et aimer leurs cultures. Les missionnaires autochtones et ceux qui viennent de l’extérieur doivent cultiver une spiritualité de contemplation et de gratuité, sentir avec le cœur et voir avec les yeux de Dieu les peuples amazoniens et indigènes.

Une spiritualité pratique, en ayant les pieds sur terre, offre la possibilité de trouver la joie et le goût de vivre avec les peuples amazoniens et de pouvoir ainsi mettre en valeur leurs richesses culturelles dans lesquelles Dieu a semé les germes de la Bonne Nouvelle. Nous devons aussi être capables de percevoir les choses qui sont présentes dans les cultures et qui, du fait de l’histoire, ont besoin de purification, et de travailler pour la conversion individuelle et communautaire, en cultivant le dialogue aux différents niveaux. La spiritualité prophétique et du martyre nous lient davantage encore à la vie des peuples et à leurs histoires passées, ainsi qu’à leur présent, tout en regardant en avant pour écrire une nouvelle histoire.

Comme Église, nous sommes appelés à renforcer la participation active des peuples : nous avons besoin d’une spiritualité interculturelle qui nous aide à interagir avec la diversité des peuples et leurs traditions. Nous devons unir nos forces pour prendre soin ensemble de notre Maison Commune.

Cela exige une spiritualité de communion entre les missionnaires autochtones et ceux qui viennent de l’extérieur, pour apprendre ensemble à accompagner les personnes, en écoutant leurs histoires, en participant à leurs projets de vie, en partageant leur spiritualité et en faisant nôtres leurs luttes. Une spiritualité dans le style de Jésus: simple, humaine, en dialogue, samaritaine, qui permette de célébrer la vie, la liturgie, l’Eucharistie, les fêtes, en respectant toujours les rythmes propres à chaque peuple.

Animer une Église au visage amazonien implique, pour les missionnaires, la capacité de découvrir les semences et les fruits du Verbe déjà présents dans la cosmovision de ses peuples. C’est pourquoi une présence stable est nécessaire, avec la connaissance de la langue autochtone, de sa culture et de son expérience spirituelle. Ce n’est qu’ainsi que l’Église rendra la vie du Christ présente chez ces peuples.

Pour finir, en reprenant les paroles du Pape François, nous désirons «demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : nous sommes “ gardiens ” de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde !» (Homélie de la Messe solennelle d’inauguration du Pontificat, 19.03.2013).

En outre, nous aimerions demander aux peuples d’Amazonie : «Aidez vos évêques, aidez vos missionnaires, afin qu’ils se fassent l’un d’entre vous, et ainsi en dialoguant ensemble, vous pourrez façonner une Église avec un visage amazonien et une Église avec un visage indigène. C’est dans cet esprit que j’ai convoqué, pour l’année 2019, le Synode pour l’Amazonie»(Fr. PM).

QUESTIONNAIRE

La finalité de ce questionnaire est d’écouter l’Église de Dieu quant aux «nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale» en Amazonie. L’Esprit parle à travers l’ensemble du Peuple de Dieu. En l’écoutant, on peut ainsi connaître les défis, les espoirs, les propositions et reconnaître les nouveaux chemins que Dieu demande à l’Église sur ce territoire. Ce questionnaire s’adresse aux pasteurs afin qu’ils répondent en consultant le Peuple de Dieu. Pour cela, ils sont encouragés à trouver les moyens les plus appropriés selon leurs réalités locales spécifiques. Le questionnaire est divisé en trois parties qui correspondent aux différentes sections du Document préparatoire : voir, discerner-juger, agir.

Ière PARTIE

1. Quels sont les problèmes les plus importants dans votre communauté? les menaces et les difficultés contre la vie, le territoire et la culture ?
2. À la lumière de l’Encyclique Laudato si’, comment se configurent la biodiversité et la socio-diversité sur votre territoire?
3. Dans quelle mesure ces diversités incident-elles ou non sur votre travail pastoral ?
4. À la lumière des valeurs de l’Évangile, quel type de société devons-nous promouvoir et de quels moyens disposons-nous pour cela, en tenant compte du monde rural et du monde urbain et de leurs différences sociales et culturelles?
5. Étant donné l’énorme richesse de leur identité culturelle, quelles sont les contributions, les aspirations et les défis des peuples amazoniens par rapport à l’Église et au monde?
6. De quelle manière ces contributions peuvent-elles être intégrées dans une Église au visage amazonien?
7. Comme l’Église doit-elle accompagner les processus d’organisation de leurs peuples en respectant leur identité, la défense de leurs territoires et leurs droits dans une pastorale intégrale?
8. Quelles devraient être les réponses de l’Église aux défis de la pastorale urbaine en territoire amazonien?
9. S’il existe sur votre territoire des Peuples Autochtones en Isolement Volontaire (PIAV): quelle devrait être l’action de l’Église pour défendre leur vie et leurs droits?

IIème PARTIE

1. Quelle espérance offre la présence de l’Église aux communautés amazoniennes pour leur vie, leur territoire et leur culture ?
2. Comment œuvrer en faveur d’une écologie intégrale, c’est-à-dire environnementale, économique, sociale, culturelle et celle de la vie quotidienne (cf. LS 137-162) en Amazonie?
3. Dans le contexte de votre Église locale, de quelle manière Jésus est-il Bonne Nouvelle dans la vie de la famille, de la communauté et de la société amazonienne?
4. Comment la communauté chrétienne peut-elle répondre aux situations d’injustice, de pauvreté, d’inégalité, de violence (drogue, traite des êtres humains, violence faite aux femmes, exploitation sexuelle, discrimination des peuples indigènes et des migrants, entre autres) et d’exclusion en Amazonie?
5. Quels sont les éléments propres aux identités culturelles qui peuvent faciliter l’annonce de l’Évangile dans la nouveauté du mystère de Jésus?
6. Quels chemins peut-on suivre pour inculturer notre pratique sacramentelle dans l’expérience vécue des peuples indigènes?
7. Comment la communauté des croyants, qui est «missionnaire par nature», participe-t-elle, et de façon spécifique, au magistère concret et quotidien de l’Église en Amazonie?

IIIème PARTIE

1. De quelle Église rêvons-nous pour l’Amazonie?
2. Comment imaginez-vous une Église en sortie et avec un visage amazonien? Quelles devraient être ses caractéristiques?
3. Y a-t-il des espaces d’expression autonome et de participation active dans la pratique liturgique de vos communautés?
4. Un des grands défis en Amazonie demeure l’impossibilité de célébrer l’Eucharistie fréquemment et partout ? Comment peut-on y répondre?
5. Comment reconnaître et mettre en valeur le rôle des laïcs dans les différents domaines pastoraux (catéchèse, liturgie et charité) ?
6. Quel rôle les laïcs doivent-ils jouer dans les différents milieux socio-environnementaux sur ce territoire?
7. Quelles doivent être les caractéristiques de l’annonce et de la dénonciation prophétique en Amazonie?
8. Quelles doivent être les caractéristiques des personnes qui portent l’annonce de la Bonne Nouvelle en Amazonie?
9. Quels sont les services et les ministères au visage amazonien dans votre juridiction ecclésiastique; et quelles sont leurs caractéristiques?
10. Quels sont les services et les ministères au visage amazonien qui, selon vous, mériteraient d’être créés ou encouragés ?
11. De quelle manière la vie consacrée peut-elle contribuer, grâce à ses charismes, à l’édification d’une Église au visage amazonien ?
12. Le rôle des femmes dans nos communautés est de la plus haute importance: comment le reconnaître et comment le mettre en valeur dans l’horizon des nouveaux chemins?
13. Comment s’intègre et comment peut contribuer la religiosité populaire, en particulier la dévotion mariale, aux nouveaux chemins de l’Église en Amazonie?
14. Quelle pourrait-être la contribution des moyens de communication pour aider à l’édification d’une Église au visage amazonien?
***

SIGLES ET ABRÉVIATIONS

AG: Concile Œcuménique Vatican II, Décret Ad Gentes, sur l’activité missionnaire de l’Église (7 .12.1965).
CCC: Catéchisme de l’Église Catholique (11.10.1992).
CIC: Codex Iuris Canonici – Code de Droit canonique (25.01.1983).
CD: Concile Œcuménique Vatican II, Décret Christus Dominus sur le ministère pastoral des évêques (28.10.1965).
DAp: Document d’Aparecida. Texte final de la Vème Conférence Générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes, 2007.
DP: Document de Puebla. IIIème Conférence Générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes, 1979.
DSD: Document de Saint-Domingue. IVème Conférence Générale de l’Épiscopat latino-américain et des Caraïbes, 1992.
DSF: Jean-Paul II, Discours à la communauté catholique de l’île de Gorée (Sénégal, 22.02.1992, n 3); Message aux Afro-américains, Saint-Domingue (12.10.1992, n 2).
DV: Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine (18.11.1965).
EG: François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium (24.11.2013).
EN: Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi (8.12.1975).
Fr. PM: François, Discours à Puerto Maldonado (Pérou), Rencontre avec les populations de l’Amazonie (19.01.2018).
Fr. EP: François, Salut lors de la Rencontre avec la population de Puerto Maldonado (19.01.2018).
Fr. FPI: François, Discours aux participants au IIIème Forum des Peuples indigènes (15.02.2017).
GS: Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes(7.12.1965).
LG: Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium sur l’Église (21.11.1964).
LS: François, Lettre encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, Laudato si’ (24.05.2015).
NMI: Jean-Paul II, Exhortation apostolique Novo Millennio Ineunte (6.01.2001).
PANAM: Panamazonía : fuente de vida en el corazón de la Iglesia, Document de la Red Eclesial Panamazónica (REPAM). Novembre 2014.
PIAV: Peuples Indigènes en Isolement Volontaire.
PO: Concile Œcuménique Vatican II, Décret Presbyterorum Ordinis, sur le ministère et la vie des prêtres (7.12.1965).
PP: Paul VI, Lettre encyclique Populorum Progressio sur le développement des peuples (26.03.1967).
REPAM: Réseau Ecclésial Panamazonien
REPAM 2: Rapport exécutif de la Réunion de Fondation du Réseau Ecclésial Panamazonien (12.09.2014, Brasilia CNBB).
SC: Concile Œcuménique Vatican II, Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium (4.12.1963).
UR: Concile Œcuménique Vatican II, Décret Unitatis Redintegratio sur l’œcuménisme (21.11.1964).

_____________________

[1] Ce document emploie indifféremment les termes “autochtones”, “aborigènes” et “peuples natifs”.
[2] Par Panamazonie, nous entendons tous les territoires qui vont au-delà du bassin des fleuves.
[3] Source : REPAM. Rencontre “Une Église au visage amazonien et indigène”, Quito, Équateur, 28-30.11. 2017.
[4] Cf. CELAM, VIème Symposium de Théologie indienne (Asuncíon, Paraguay, 18-23.09.2017).

Amazonie, nouveaux chemins pour l’Eglise et pour une écologie intégrale

Cité du Vatican (Agence Fides) – « Raviver le don dans le feu de l’Esprit, c’est le contraire du fait de laisser les choses aller sans agir. Et être fidèle à la nouveauté de l’Esprit, c’est une grâce que nous devons demander dans la prière. Lui, qui fait toutes choses nouvelles, qu’il nous donne sa prudence audacieuse ; qu’il inspire notre Synode pour qu’il renouvelle les chemins pour l’Église en Amazonie, afin que ne s’éteigne pas le feu de la mission ». L’appel vibrant du Pape François a résonné dans la Basilique Saint-Pierre hier matin, Dimanche 6 octobre, au cours de la Messe qu’il a célébré pour l’inauguration de l’Assemblée spéciale du Synode des Évêques dédiée au thème « Amazonie, nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale ». Avec le Saint-Père ont concélébré 184 Pères synodaux dont 113 provenant des différentes Circonscriptions ecclésiastiques de l’Amazonie, représentant les neufs États de la Région – Brésil. Venezuela, Colombie, Équateur, Bolivie, Pérou, Guyane française, République du Guyana et Surinam.

Le Saint-Père est parti des paroles de l’Apôtre Paul, « le plus grand missionnaire de l’histoire de l’Église », qui nous aide à « faire Synode », à « marcher ensemble » : « Ce qu’il écrit à Timothée semble adressé à nous, Pasteurs au service du peuple de Dieu ». Il a ensuite poursuivi : « Nous sommes Évêques, parce que nous avons reçu un don de Dieu. Nous n’avons pas signé un accord, nous n’avons pas reçu en main un contrat de travail, mais l’imposition des mains, pour être à notre tour des mains levées qui intercèdent auprès du Seigneur et des mains tendues à nos frères. Nous avons reçu un don pour être des dons. Un don ne s’achète pas, ne s’échange pas, ne se vend pas : on le reçoit et on l’offre. Si nous nous l’approprions, si nous nous mettons au centre et ne mettons pas au centre le don, en tant que Pasteurs nous devenons des fonctionnaires : nous faisons du don une fonction et la gratuité disparaît, et ainsi nous finissons par servir nous-mêmes et par nous servir de l’Église. Notre vie, au contraire, en raison du don reçu, est pour servir ».

Il a par après rappelé que, pour être fidèles à la mission reçu, les Évêques sont appelés à « raviver » le don de Dieu. « Le feu qui ravive le don, c’est l’Esprit Saint, qui donne la vie ». Le feu de Dieu « est un feu d’amour qui éclaire, réchauffe et donne vie, ce n’est pas un feu qui embrase et dévore. Quand les peuples et les cultures s’anéantissent sans amour et sans respect, ce n’est pas le feu de Dieu, mais le feu du monde (…) . Le feu de Dieu est une chaleur qui attire et rassemble dans l’unité. Il se nourrit de partage, non de profits. Le feu dévastateur, au contraire, embrase quand on ne veut défendre que des idées personnelles, constituer son propre groupe, brûler les diversités pour uniformiser tous et tout ».

S’inspirant encore une fois aux paroles de Saint Paul, le Pape a mis l’accent sur le témoignage : l’Apôtre « demande de témoigner de l’Évangile, de souffrir pour l’Évangile, en un mot de vivre pour l’Évangile. L’annonce de l’Évangile est le critère principal pour la vie de l’Église : c’est sa mission, son identité (…) Annoncer l’Évangile, c’est vivre l’offrande, c’est témoigner jusqu’au bout, c’est se faire tout à tous, c’est aimer jusqu’au martyre ».

Le Pape François a conclu son homélie en invitant à contempler Jésus Crucifié, « son cœur transpercé pour nous. Commençons par-là, car c’est de là qu’a surgi le don qui nous a générés ; c’est de là qu’a jailli l’Esprit qui renouvelle. Sentons-nous appelés à partir de là, tous et chacun, à donner la vie ». Il a ensuite rappelé que « tant de frères et sœurs en Amazonie portent de lourdes croix et attendent la consolation libératrice de l’Évangile, la caresse amoureuse de l’Église (…) », exhortant « Pour eux, pour ceux qui y offrent actuellement leur vie, pour ceux qui y ont consumé leur vie, avec eux, marchons ensemble ! ». (SL) (Agence Fides 07/10/2019)

Mois Missionnaire Extraordinaire, pourquoi?

Le pape François a décrété le mois d’octobre 2019 « Mois Missionnaire Extraordinaire » !

Pourquoi un Mois Missionnaire Extraordinaire ?

Le 30 novembre 1919, le pape Benoit XV promulguait la lettre apostolique Maximum illud pour donner un nouvel élan à la responsabilité missionnaire. Après la Première guerre mondiale et ses terribles conséquences dans le monde, le pape avait senti « la nécessité de requalifier de manière évangélique la mission dans le monde, afin qu’elle soit purifiée de toute collusion avec la colonisation, et se tienne loin des visées nationalistes et expansionnistes qui avaient causé tant de désastres » écrit le pape François. Cette lettre est pour le pape actuel un stimulant pour « dépasser la tentation récurrente qui se cache derrière toute introversion ecclésiale, toute fermeture autoréférentielle, toute forme de pessimisme pastoral, toute nostalgie stérile du passé, pour s’ouvrir plutôt à la nouveauté joyeuse de l’Évangile ».

L’Église est en mission dans le monde

Cent ans après, le pape François a donc décrété le mois d’octobre 2019, Mois Missionnaire Extraordinaire. Il en explique la raison dans une lettre au cardinal Filoni, préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples. Il s’agit de susciter une plus grande prise de conscience de la missio ad gentes, c’est-à-dire la mission envers tous les hommes et toutes les nations. Le Saint-Père souhaite également que cette initiative donne un nouvel élan la transformation missionnaire de la vie et de la pastoral, pour porter le salut de Jésus-Christ, mort et ressuscité.

Dans son message pour la Journée mondiale des missions, le pape François a rappelé le thème de ce mois : « Baptisés et envoyés : l’Église du Christ en mission dans le monde ».
En lien avec le Synode sur l’Amazonie

En ce mois d’octobre à Rome se tient également le Synode spéciale sur les Églises en Amazonie. C’est une coïncidence providentielle, souligne le pape François, qui appelle à ce qu’aucune culture ne reste repliée sur elle-même et qu’aucun peuple ne soit isolé, mais s’ouvre à la communion universelle de la foi.

Pour aller plus loin :

Lettre apostolique Maximum Illud du pape Benoit XV

Message du Saint-Père pour la Journée mondiale des missions 2019

Lettre du pape François au cardinal Filoni (22 octobre 2017)

Présentation générale du mois missionnaire par les Œuvres pontificales missionnaires, partenaires de KTO

Congrès Mission

Cliquez sur l’icône pour accéder au site Congrès Mission

Prière pour le Mois Missionnaire Extraordinaire

Dieu notre Père,

Ton Fils Unique Jésus-Christ

Ressuscité d’entre les morts

A confié à Ses disciples Sa mission :

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples ». (Mt28,19)

Tu nous rappelles que par le baptême

Nous participons tous à la mission de l’Église.

Par le don de Ton Esprit-Saint, accorde-nous la grâce

D’être témoins de l’Évangile,

Courageux et ardents,

Pour que la mission confiée à l’Église,

Soit poursuivie en trouvant des expressions nouvelles et efficaces

Qui apportent la vie et la lumière au monde.

Aide-nous à faire en sorte que tous les peuples

Puissent rencontrer l’amour sauveur et la miséricorde

De Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu,

Qui vit et règne avec Toi, dans l’unité du Saint-Esprit,

Maintenant et pour les siècles des siècles.

Amen.

La liste des participants au Synode pour l’Amazonie dévoilée

La liste des participants au Synode pour l’Amazonie dévoilée

Ce 21 septembre, la liste des participants à l’Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour l’Amazonie a été rendue publique. Tous sont attendus au Vatican du 6 au 27 octobre prochain pour se pencher sur le thème: “Amazonie: nouveaux parcours pour l’Église et pour une écologie intégrale”.

Depuis le 7 septembre, on connaissait déjà les présidents délégués du futur synode, nommés par le Pape François: le cardinal Baltazar Enrique Porras Cardozo, administrateur apostolique “sede vacante et ad nutum Sanctae Sedis” de Caracas, et archevêque de Mérida (Venezuela), le cardinal Pedro Ricardo Barreto Jimeno, archevêque de Huancayo (Pérou) et vice-président du REPAM (le Réseau ecclésial pan-amazonien), ainsi que le cardinal brésilien João Braz de Aviz, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique.

Synode Amazonie : le Pape nomme les présidents délégués de l’assemblée

Le rapporteur général est le cardinal Cláudio Hummes, archevêque émérite de São Paulo (Brésil), président de la Commission épiscopale pour l’Amazonie de la Conférence nationale des évêques du Brésil et président du REPAM.

Les deux secrétaires généraux sont le père Michael Czerny, jésuite, sous-secrétaire de la Section migrants et réfugiés du Dicastère pour le Service du développement humain intégral, et Mgr David Martinez de Aguirre Guinea, dominicain, évêque titulaire de Izirzada, vicaire apostolique de Puerto Maldonado (Pérou).
Paolo Ruffini, préfet du Dicastère pour la communication du Saint-Siège, est, comme lors du Synode sur les jeunes, président de la Commission pour l’information du Synode, et le père jésuite Giacomo Costa, directeur de la revue Aggiornamenti Sociali, secrétaire. Les membres de droit de cette Commission pour l’information sont les suivants: Andrea Tornielli, directeur éditorial du Dicastère pour la communication, Matteo Bruni, directeur du Bureau de Presse du Saint-Siège, Mauricio Lopez Oropeza, secrétaire exécutif du REPAM, sœur Maria Irene Lopes Dos Santos, de la congrégation des Carmélites missionnaires de l’Enfant-Jésus, assesseur de la Commission épiscopale pour l’Amazonie de la Conférence nationale des évêques du Brésil.

Les 13 chefs des dicastères de la Curie romaine seront présents dans cette assemblée présidée par le Saint-Père.

Un évêque français, Mgr Lafont

Puis 114 évêques viendront des circonscriptions ecclésiastiques de la région Panamazonique, qui recouvre les Antilles et six pays: Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Pérou, Venezuela. Parmi les prélats figure Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne (Guyane Française), seul évêque français participant à ce Synode.

Un peu plus d’une trentaine de membres nommés par le Pape siègeront aussi dans l’assemblée. Leurs origines géographiques et missions sont diverses: archevêques et évêques, membres de la Curie romaine, curés de paroisse, directeurs de revues, et autres apostolats. Parmi eux plusieurs francophones: le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa (RDCongo), le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg (Luxembourg) et président de la COMECE, Mgr Marcel Madila Basanguka, archevêque de Kananga (RDCongo) et président de l’Association des Conférences Épiscopales d’Afrique Centrale (ACEAC), Mgr Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil (Canada).
Au total, l’assemblée synodale comptera 185 membres.

Les peuples indigènes représentés

Comme le veut la règle, des experts et de nombreux auditeurs et auditrices ont également été nommés pour participer aux travaux du Synode. Les experts viennent en grande partie d’Amérique Latine, et leurs compétences recouvrent des domaines variés et liées aux enjeux de ce Synode, par exemple la spiritualité indigène et la pastorale inculturée, l’Histoire de l’Église en Amazonie, l’anthropologie sociale et l’ethnobiologie. Un prêtre indigène appartenant au peuple zapotèque fait partie de ce groupe de participants. Le groupe des 55 auditeurs et auditrices présente les mêmes caractéristiques, avec plusieurs membres originaires de tribus et ethnies indigènes locales (comme Tapi Yawalapiti, chef des 16 tribus de Alto-Xingu, dans l’État brésilien de Mato Grosso). Le Français d’origine indienne Aloysius Rajkumar John, secrétaire général de Caritas Internationalis, figure également parmi les auditeurs.
Ban Ki-Moon parmi les envoyés spéciaux

Enfin, six délégués fraternels seront présents (représentants d’Églises presbytérienne, évangéliques et anglicanes d’Amérique du Sud), ainsi qu’une douzaine d’envoyés spéciaux. Parmi ces derniers figurent le Coréen Ban Ki-Moon, ancien secrétaire général des Nations-Unies, le Belge Jean-Pierre Dutilleux, co-fondateur et président honoraire de l’association Forêt Vierge, la Canadienne Josianne Gauthier, secrétaire générale de la Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité (CIDSE), Carlos Alfonso Nobre, récipiendaire du Prix Nobel de la Paix 2007 au titre du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), ou encore Jeffrey D. Sachs, professeur de développement durable à l’université de Columbia (États-Unis).

Plus d’informations sur Vatican News

Mgr Aveline, nouvel archevêque de Marseille

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Interview – Synode sur l’Amazonie

Le 21 mai 2019, la CEF se mettait à l’heure de l’Amazonie, en recevant Dom Roque Paloschi, archevêque de Porto Velho (Rondônia – Amazonie brésilienne) et président du CIMI, et Sœur Maria Irene Lopes, directrice exécutive du réseau ecclésial pour l’Amazonie de la CNBB et responsable de la conférence latino-américaine des religieux (CLAR). Tous deux membres du Conseil pré-synodal de l’Assemblée spéciale du synode des évêques pour la région pan-amazonienne, ils ont fait une halte en France au retour de la deuxième rencontre de ce Conseil. Nous les avons interviewés.

Dom Roque, Annie Josse, Sr Irene, P. André, Sr Rita, P. Yves et P. Raimundo dans le jardin de la Conférence des Évêques de France.

Q : La semaine dernière, vous étiez à Rome pour la préparation du synode sur l’Amazonie. Nous savons que l’Intrumentum laboris a été adopté. Que pouvez-vous nous dire de cette rencontre ?

La rencontre qui a eu lieu les 14 et 15 mai, à Rome, avait pour but d’approuver l’Instrumentum laboris relatif au synode sur l’Amazonie.
Ce que nous pouvons dire, c’est que le processus d’écoute a été extrêmement riche du fait du grand nombre de personnes ayant participé : des personnes en lien avec les communautés, mais aussi différents visage de l’Amazonie au travers de groupes de parole, d’assemblées territoriales et évidemment de réunions paroissiales, de communautés diocésaines qui ont aider à ouvrir le cœur et les chemins de la thématique du synode.
Le document traduit la richesse de ce processus d’écoute très bien organisé. Le défi posé à l’Église est immense : comment accueillir l’appel des peuples amazoniens, des quilombolas [Descendants d’esclaves en fuite], des communautés périphériques, des peuples indigènes… ?
Le Synode va devoir faire face à deux questions :
– celle de la diversité. L’Amazonie est multiple, multiethnique, multiculturelle, « multi tout ». Il existe plus de 300 peuples indigènes sans compter la centaine d’ethnies avec lesquelles il n’existe aucun contact et qui préfèrent vivre isolées.
– celle des distances dont l’une des conséquences est que la majorité des communautés indigènes ne bénéficient pas d’une célébration eucharistique hebdomadaire. Il y a des communautés où le prêtre passe une fois par an. Quand il peut passer deux fois, c’est la fête !
Il y a aussi le défi de l’écologie intégrale : comment vivre une écologie intégrale dans une Amazonie de plus en plus agressée, détruite par l’orpaillage, la recherche de pétrole, les monocultures qui détruisent les sols et l’espérance des peuples indigènes.
Nous faisons confiance à l’Esprit de Dieu, à l’Esprit Saint pour qu’il nous mène sur des chemins d’espoir et de paix.

Q: Où en est la préparation du Synode ? Comment celui-ci est-il préparé dans votre diocèse ? Comment les communautés religieuses s’impliquent-elles dans la préparation du Synode ?

Le synode a été préparé tout au long de ce premier semestre 2019 à travers les diverses activités diocésaines : lors des fêtes en l’honneur de notre sainte Patronne, des rencontres de réflexion… Dans mon diocèse, il en existe plus de quatre mille. À chacune de nos rencontres, la thématique du synode est au moins abordée. De nombreux séminaires, rencontres ont été tenus pour que tous puissent se préparer à travers une connaissance de plus en plus approfondie de la réalité. En écoutant les cris des populations amazoniennes mais aussi en priant pour que le synode soit conduit par l’Esprit Saint, pour que nous puissions être en accord avec les chemins que Dieu nous demande aujourd’hui de prendre pour vivre la mission dans cette grande région porteuse d’une immense beauté mais aussi marquée par la douleur et la souffrance. Nous louons Dieu pour l’implication de chrétiens, de catholiques mais également de personnes de bonne volonté qui ont le désir d’accompagner, de parler des thématiques qui sont au cœur du synode : de nouveaux chemins pour l’Église amazonienne, pour une écologie intégrale, pour protéger la création.

Q : Quel serait pour vous le « visage amazonien de l’Église » dont a parlé le Pape François ?

Le visage amazonien de l’Église est un visage pluriel. Pluriel de par le nombre de peuples indigènes qui, je vous le rappelle, sont plus de 300. Pluriel car l’Amazonie est marquée par la présence de nombreuses communautés quilombolas créées par des esclaves africains réfugiés dans la forêt pour fuir l’esclavage. Pluriel car l’Amazonie accueille aussi des populations vivant le long des fleuves qui lors de l’époque du caoutchouc se sont mélangées avec les populations venues exploiter les richesses de l’Amazonie donnant naissance à ce que nous appelons les « caboclos », qui n’est pas un terme péjoratif. Le visage amazonien est aussi celui d’une région qui s’est urbanisée très rapidement avec de nombreuses périphéries et surtout beaucoup de pauvreté.
Le visage dont parle le Pape est aussi celui d’une richesse ; nous ne pouvons désavouer les savoirs ancestraux des peuples indigènes, des peuples quilombolas ou des femmes et des hommes de la forêt. L’Église ne peut ignorer ces savoirs ancestraux, les traditions de ces peuples.
Ce visage n’est donc pas un visage avec une seule physionomie mais des visages qui font la richesse de l’Église amazonienne. Comment cette réalité va-t-elle être accueillie par le synode? L’Esprit Saint doit agir, nous devons écouter et entendre l’appel de Dieu.
Le visage amazonien révèle un Dieu miséricordieux, un Dieu compatissant, un Dieu patient, un Dieu qui souhaite que nous ayons tous une vie épanouissante.

Q : En 1972, la conférence épiscopale brésilienne décide de créer le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI). Quel est le rôle de ce conseil ?

Le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI) fut créé après la réunion de l’épiscopat brésilien amazonien, à Santarem, en 1972.
Le CIMI doit avoir une présence de sœur, de frère face aux diverses réalités des peuples indigènes amazoniens. Il a le devoir d’aider à construire le Royaume de Dieu, en reconnaissant la présence des semences du verbe présentes dans chaque groupe ethnique. Il doit les aider à devenir les sujets de leur propre histoire. Le CIMI n’a pas un rôle de tuteur, il est là pour aider les communautés à cheminer en construisant leur destin, leur futur. Le CIMI œuvre inlassablement pour la préservation des langues, des cultures, des traditions, des coutumes pour que les communautés n’aient pas honte de leur mode de vie, pour leur faire prendre conscience que leurs modes de vie nous aident aussi à faire face à une société consumériste, une société du jetable, une société d’exclusion.
La mission du CIMI est d’être présent, je répète d’agir en sœur, en frère dans la quête de dignité et des droits de ces premiers habitant de l’Amazonie. Le rôle du CIMI est de les aider à montrer à l’Église et à toute la société brésilienne la valeur de leurs traditions, de leurs coutumes et, à nous, de nous permettre d’apprendre non à travers des paroles mais à travers leur témoignage de vie. Le rôle du CIMI n’est pas d’ostraciser leurs cultures mais, au contraire, de reconnaitre les semences du verbe qui sont présentes dans chaque communauté indigène, dans chaque groupe ethnique. Bien sûr, les échanges se font dans les deux sens. La rencontre avec la société actuelle entraine des changements positifs mais aussi négatifs et déplorables quand la culture, les traditions, les coutumes des peuples originaires de cette terre ne sont pas valorisées. Le CIMI a aussi un rôle de sensibilisation tant au sein de l’Église, que des peuples indigènes devant les autorités locales, étatiques, fédérales et face au pouvoir législatif, exécutif ou judicaire. Le CIMI aide également les peuples indigènes à être visibles sur la scène internationale, dans l’enceinte de l’ONU, du Parlement européen ou de la Commission interaméricaine des droits de l’homme par exemple.
Le CIMI les aide à ne pas perdre leurs racines, à accueillir l’Évangile de Jésus Christ incarné par les missionnaires et à vivre le message central de l’Évangile : le verbe s’est fait chair. Être présents et apprendre à trouver les chemins du Royaume.

Q : Quel a été l’impact de l’élection de Jair Bolsonaro sur les communautés indigènes ?

Depuis la campagne électorale de 2018, c’est une tragédie car un discours de haine, de rancœur, de préjugés, se diffuse dans tout le pays. Une des conséquences est l’incitation à l’occupation, à l’invasion des terres indigènes même de celles qui ont cadastrées. Le nombre de terres indigènes envahies depuis l’élection de Jair Bolsonaro est supérieur à 16. C’est une des conséquences.
La seconde est que, dès le premier jour, à peine une heure après sa prise de pouvoir, il a signé la mesure provisoire n° 870-2019, retirant la tutelle du ministère de la justice sur la FUNAI, Fondation nationale de l’Indien, qui suit tout ce qui touche aux peuples indigènes et organise donc les groupes d’étude et de travail pour la reconnaissance et l’homologation des terres indigènes.
Jair Bolsonara a déclaré à plusieurs reprises lors de sa campagne électorale que plus un seul centimètre de terre indigène ne serait délimité, ce qui est contraire à la constitution brésilienne de 1988 qui stipule et garantit, en particulier dans les articles 2-3-1 et 2-3-2, les droits des communautés indigènes. Les normes transitoires garantissaient que, dans les 5 ans, les terres indigènes auraient toutes été délimitées, homologuées et légalisées. En retirant au ministère de la Justice la tutelle de la FUNAI, il l’a divisée et l’a placée sous celle des ministères des Droits humains et de l’Agriculture, mettant ainsi aux mains des groupes les plus anti-indigénistes du Brésil, les ruralistes, la compétence de la délimitation des terres indigènes. Les peuples indigènes disent que cela fait 519 ans qu’ils résistent, ce n’est pas un président qui va les priver de leurs droits.
Le campement « Terre libre » qui a eu lieu juste après Pâques, à Brasilia, malgré les menaces, les informations mensongères et même les tentatives de démobilisation du mouvement, a prouvé que les peuples indigènes ne plaisantent pas. Ils ne demandent rien d’autre que le respect de leurs droits constitutionnels.
L’élection de l’actuel président a été dramatique pour les rêves et les espérances des peuples indigènes mais ils ont démontré leur résistance en luttant non par la force mais avec persévérance et de façon non-violente face au pouvoir qu’il soit législatif, exécutif ou judiciaire.
Le CIMI est convaincu que petit à petit les droits des peuples indigènes vont être rétablis malgré cette vague d’invasions, d’agressions et de campagnes de dénigrement contre les premiers habitants de cette terre.

Annie Josse et Maria Mesquita Castro
SNMUE
Source : CONFERENCE DES EVÊQUES DE FRANCE

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Soirée bioéthique aux Bernardins – CEF

Soirée bioéthique aux Bernardins : interventions de Mgr Éric de Moulins-Beaufort

Introduction

« Nous sommes inquiets, c’est pourquoi nous parlons ce soir.
Nous sommes inquiets pour notre société française et, plus globalement, pour les sociétés occidentales.

Depuis des mois, nous nous sommes exprimés de manières multiples : des fiches ont été éditées l’an passé et envoyées aux parlementaires, nous avons rencontré les autorités de l’État. Nous avons cultivé une posture d’écoute et de dialogue. Nous le reconnaissons volontiers : nous avons été entendus et même écoutés avec attention et respect. Mais nous ne pouvons que constater que nos responsables politiques et beaucoup de nos parlementaires restent aveugles aux enjeux de ce qu’ils vont décider parce qu’ils sont fascinés par les promesses des techniques médicales et les techniques juridiques.
Ils sont en cela semblables à beaucoup de nos concitoyens, en particulier celles et ceux qui souffrent et qui entendent les promesses qu’on leur fait. Mais le bon sens existe aussi dans notre pays ; il s’est exprimé l’an passé lors des États généraux de la bioéthique, comme il s’était exprimé dans des conditions analogues lors de la précédente révision des lois de bioéthique et nous ne pouvons que constater qu’aujourd’hui comme hier, on se refuse à lui prêter vraiment attention.
Permettez-moi de le dire avec force : nous entendons, nous comprenons la souffrance de celles et de ceux qui ne peuvent avoir d’enfants par leur union avec une personne de l’autre sexe qui a décidé de les aimer. Nous entendons et nous comprenons la souffrance des femmes homosexuelles qui aspirent à avoir un enfant. Car, assurément, avoir un enfant est la manière la plus sûre d’être tiré hors de soi, d’être tiré vers un amour inconditionnel et de pouvoir espérer être aimé ainsi en retour.
C’est précisément un drame pour notre société que de ne pouvoir encourager les hommes et les femmes à s’aimer l’un l’autre en se décentrant chacun de lui-même ou d’elle-même.
Mais la beauté de l’amour d’un parent pour son ou ses enfants ne suffit absolument pas à justifier que l’on livre la procréation à la manipulation médicale et la filiation aux bricolages que l’habileté des montages juridiques sophistiqués font imaginer.
Nous ne disons pas que les enfants ainsi conçus seront fatalement malheureux : l’être humain a une formidable capacité à s’ouvrir des chemins de bonheur tout autant qu’il est capable de se plaindre. Mais nous disons que nos sociétés se trompent collectivement lorsqu’elles prétendent résoudre les souffrances des uns et des autres par des techniques médicales et juridiques et lorsqu’elles transforment la médecine faite pour soigner et guérir si possible en réponse aux demandes et aux frustrations. Nous nous inquiétons lorsque nous constatons que nous ne savons plus faire face aux limites et aux douleurs de la condition humaine qu’en constituant sans cesse des droits nouveaux à exiger.
Je laisse nos intervenants exposer plus précisément ce qui nous inquiète et nous attriste dans le projet de loi qui est présenté au Parlement. M. Vincent Neymon va vos exposer la marche de cette soirée. Nous prions pour que la raison l’emporte sur le désir. »

Conclusion

Vous l’aurez compris : le petit livre que publie aujourd’hui Mgr Pierre d’Ornellas avec le groupe bioéthique de la Conférence des évêques est un effort supplémentaire pour rejoindre la réflexion en cours des parlementaires qui vont avoir à décider et aussi chacun de nos concitoyens.
Vous avez compris aussi, notamment en entendant Mgr d’Ornellas, que la parole de l’Église est avant tout un oui : un oui à la bonté et à la beauté de l’union conjugale des époux, reflet le plus expressif de la relation que Dieu veut avoir avec l’humanité, un oui aux enfants qui viennent en ce monde parce qu’ils sont un don, avec les promesses que chacun porte et les limites qu’il exprimera, un don pour l’humanité entière ; un oui à la science qui découvre les incroyables potentialités de notre cosmos, de notre corps, de l’extraordinaire variété des éléments qui rendent notre existence à chacun possible et un oui à la technique par laquelle les êtres humains usent de ce cosmos, de ce corps, de ces éléments pour bâtir un monde qui soit toujours plus et mieux hospitalier pour eux et pour les autres. C’est ce oui résolu qui nous oblige à avertir l’humanité des pistes dangereuses, dépourvues de sens, où elle s’engage.
Permettez-moi de reprendre quelques-uns de nos motifs d’inquiétude et de nos minces espoirs et de proclamer pour finir notre grande espérance.
Nos motifs d’inquiétude, vous les avez entendus. Depuis des années, nous tâchons de les faire connaître et comprendre de multiples manières.
J’invite les citoyens à prendre bonne note des engagements des uns et des autres selon lesquels jamais notre pays n’acceptera la GPA. A titre personnel, j’exprime mes doutes les plus vifs. Je ne soupçonne aucun de ceux et de celles qui se montrent si affirmatifs à ce sujet de duplicité mais je doute de la capacité du système politique, social, économique et culturel dans lequel nous vivons de résister à l’attraction. Les raisons mêmes qui conduisent beaucoup à accepter aujourd’hui la PMA pour toutes les femmes serviront inéluctablement bientôt pour la GPA. Et comment notre collectivité y résistera-t-elle puisqu’elle s’est mise dans le piège qui consiste à répondre aux souffrances et aux frustrations par des techniques médicales et juridiques ?
On nous assure que la PMA, de soi, ne conduit pas à l’eugénisme. On nous dit cependant aussi que le diagnostic prénatal ou pré-implantatoire le fait. Or, on élargit le diagnostic prénatal. On encadre les expérimentations sur les embryons, mais à chaque révision des lois de bioéthique on élargit un peu ou beaucoup le cadre, ce qui conduira nécessairement à se préoccuper de fournir des embryons à la recherche. On permet la congélation des ovocytes et qui ne voit alors que, fatalement, avant de les utiliser, on les vérifiera. Selon quels critères ? Sans doute notre puissance politique collective n’envisage-t-elle pas un eugénisme d’État mais elle prépare la voie à un eugénisme libéral, celui des citoyens, je suis désolé de le dire, pas de tous sans doute, mais de quelques-uns, forcément, qui choisiront les gamètes à partir desquels sera conçu l’enfant pour lequel ils ou elles auront pris un contrat et émis une déclaration préalable. On se prépare aussi, sans le regarder tout à fait en face, Mgr Aupetit nous l’a expliqué, à sacrifier des embryons pour pouvoir produire des médicaments dont on nous promet merveilles.
On nous assure que le droit de la filiation sera solide et clair, et l’on se prépare d’un côté à permettre que des enfants soient conçus avec un géniteur qui ne peut être leur père tandis que l’autre on organise la possibilité pour ceux et celles qui le voudront de rencontrer ce géniteur. C’est que ce « géniteur » est nécessairement, aussi leur père, c’est-à-dire quelqu’un dont ils descendent non pas seulement biologiquement mais aussi spirituellement. Dans l’humanité, l’homme et la femme qui sont à l’origine d’un enfant ne lui fournissent pas seulement des gènes ; ce faisant, ils lui transmettent, qu’ils le veuillent ou non, aussi une histoire ; ils l’inscrivent dans une lignée de l’humanité. L’ouverture qui se dessine d’un marché des ovocytes prépare l’existence de géniteurs aux descendants innombrables. Les spécialistes du droit de la filiation peuvent se faire des cheveux blancs et certains avocats ne manquent pas de se préparer à des profits intéressants.
On fait porter tout le poids du fait d’être parent à la volonté claire et distincte, exprimée dans des documents, et on se rend incapables de se réjouir du corps, de ses dynamismes, de ses opacités, de son mystère, à travers lesquels s’exprime en nous l’esprit.
Nous appartenons à des pays très riches, nous nous préparons à mobiliser des moyens considérables, alors qu’il y a des pauvres dans notre pays et qu’il y a dans le monde des pays pauvres qui auraient besoin de notre part d’une politique de coopération plus déterminée.
Quelques minces espoirs ont été énoncés ce soir.
Espoir que la raison l’emporte, espoir d’un sursaut de conscience des parlementaires que l’on ne peut exclure, heureusement.
Espoir, à tout le moins, que, sur certaines dispositions au moins, la solution la moins pire soit adoptée pour finir. Ces points ont été indiqués tout au long de la soirée.
Espoir ouvert, il faut le dire, par la décision évoquée par des parlementaires de tous les partis d’un engagement dans la recherche sur l’infertilité. Il est temps. Car une partie, une partie seulement mais une partie tout de même, des questions qui nous occupent se trouve là : on ne guérit pas l’infertilité. Sains doute parce que ses causes sont multiples, mais aussi, je me permets de le souligner, parce que certains chercheurs et, ne le négligeons pas, certains financiers, se sont laissés fasciner par la manipulation du vivant et le rêve de produire la vie, au lieu de concentrer leurs efforts, leur énergie, leur financement sur ce qu’il y avait à guérir. Ils se sont laissés aller, consciemment ou non, à agiter devant les yeux émerveillés de nous tous des promesses formidables d’avenir radieux, sans réaliser et sans aider à réaliser le dévoiement de la médecine dans lequel ils entraînaient la société entière.
Espoir aussi, je veux le dire, que les personnes homosexuelles soient mieux connues et mieux reconnues, dans nos sociétés, mieux respectées. Avec vous tous et beaucoup d’autres, je forme le vœu que jamais un enfant, jamais une adolescente ne soit moquée, jamais un adolescent humilié, par leurs camarades parce que les autres leur appliqueraient l’étiquette d’homosexuel, pas plus qu’à cause de sa couleur de peau, de sa taille ou de son poids. Mais je forme le vœu surtout que chacun soit moins obsédé par son orientation sexuelle et celle des autres et davantage aidé pour intégrer paisiblement toutes les dimensions de son être et les dynamismes de son corps. Il faut pour cela non pas plus de police, mais plus de soin, de délicatesse, d’attention de la part des parents pour que les jeunes n’aient pas besoin de se construire par le mépris de quelques autres.
Espoir encore parce que nombreux sont ceux aujourd’hui qui changent de vie en transformant leur rapport à la technique.
Permettez-moi d’exprimer, pour finir, quelques aspects de notre espérance.
Grande espérance surtout,
parce que nous savons bien qu’il y aura toujours des hommes et des femmes qui s’uniront dans le mariage en s’efforçant de s’aimer un peu mieux chaque jour et qui accueilleront les enfants qui leur seront donnés, non comme un besoin à combler mais comme un don fait à leur amour pour qu’il s’affermisse et se déploie encore, et qui le feront non pas en s’enorgueillissant de leur belle famille mais en ouvrant largement l’espace pour que beaucoup autour d’eux profitent d’un monde un peu apaisé ;
parce qu’il y aura toujours des hommes et des femmes, mariés ou non, célibataires ou non, homosexuels ou non, qui choisiront librement de ne pas courir le risque d’imposer à la société de s’engager dans la production d’enfants, ni de près ni de loin et qui assumeront la douleur de ne pouvoir avoir d’enfant en la transfigurant dans une attention aux autres, une disponibilité, un sens de la présence, dont tous ont besoin ;
parce que se lèvent et se lèveront des hommes et des femmes qui décideront de se mettre en service de la « maison commune » qu’est notre terre en choisissant un mode de vie qui respecte tous les êtres et puisse donner une vraie place à tous les pauvres de notre planète.
Peut-être certains commentateurs diront-ils de cette soirée que les catholiques ont pris position frileusement, « aveuglés par leur foi ». Nous disons, nous : « éclairés par notre foi ». Redisons-le : énoncer des « non », signaler des dangers, ne nous réjouit pas, mais notre foi nous éclaire, elle nous libère de la peur de la douleur et de la frustration, elle nous libère de la peur de manquer et de rester seuls, elle nous apprend à user de la technique sans nous laisser fasciner, elle nous aide à voir la souffrance et la douleur en face et à découvrir que d’autres chemins sont possibles pour être, par-delà tout cela, des vivants.
Merci à vous tous, aidez, aidons notre société, nos concitoyens et nos concitoyennes, … »

Source : Conférence des évêques de France et KTO

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