Ordinations presbytérales 

de  Bernadin AUGUSTE psj, Sermonfils AUGUSTE psj et Jude FILS-AIME

en la Cathédrale de Jacmel,  le dimanche 24 février 2008

 


Mgr Guire Poulard  Mgr Bernard Housset P. André LeBarzic

 


Homélie de Mgr Bernard HOUSSET, évêque de La Rochelle et Saintes

 

Durant des siècles, ce sont les Eglises d’Europe qui ont envoyé des missionnaires dans le monde pour annoncer l’Evangile « à toutes les nations », selon le désir du Christ que nous venons d’entendre (Mth 28, 16-20). Aujourd’hui, les Eglise d’Afrique, d’Amérique, de Haïti et d’Asie envoient en Europe des prêtres pour évangéliser les Européens. C’est le signe que vous êtes devenus une Eglise majeure, adulte, capable d’entrer avec notre Eglise de France dans des relations de réciprocité. Vous, Jude, vous allez exercer votre mission dans le diocèse de Jacmel. Vous, Bernadin et Sermonfils dans le diocèse de la  Rochelle et Saintes qui vous reçoit comme missionnaires à part entière

 

PRÊTRES  POUR   QUE  TOUTE  L’EGLISE  SOIT  MISSIONNAIRE

Une mère disait à son fils, au moment de son ordination sacerdotale : « Va, vis et deviens ». De tout cœur, nous vous disons : « Allez, vivez et devenez ». Allez en mission et devenez les prêtres que le Seigneur désire pour son Eglise en Haïti et en France, sociétés qui ont, l’une comme l’autre, leurs valeurs et leurs lourdeurs, leurs richesses et leurs pauvretés.

Vous êtes missionnaires. Ce mot latin signifie la même chose que le mot grec « apôtre »et est traduit en français par le mot « envoyé ».  Le Christ a été envoyé par le Père révéler son Amour pour l’humanité et construire son royaume dans notre monde. A son tour, le Christ en donnant l’Esprit-Saint, envoie tous les baptisés pour révéler l’Amour de Dieu et participer à la construction de son Royaume. (cf. 1ère lecture Jr 1,1.4-10), tous les baptisés sont appelés par Dieu pour être envoyés dans notre société. Pour être « disciples et missionnaires de Jésus-Christ », selon l’expression de la déclaration finale de l’Assemblée d’Aparecida ; reprise par les évêques d’Haïti dans leur appel du 8 décembre 2007. On ne reçoit pas le sacrement de baptême pour soi mais pour participer à la mission du Christ avec les autres baptisés. Chacun est nécessaire, personne n’est de trop dans la mission.

Pour que le plus possible de baptisés soient missionnaires dans la vie de tous les jours, en famille, au travail, dans le sport, dans l’éducation, le Seigneur en choisit quelques uns qu’il appelle à se consacrer totalement à la mission.  Ce sont les prêtres et les évêques et, d’une autre manière les diacres c’est-à-dire les baptisés qui reçoivent le sacrement de l’ordre avec ses trois degrés.

 

PRÊTRES     IRREMPLACABLES 

Les prêtres sont et seront toujours irremplaçables pour qu’il y ait l’Eglise que Jésus-Christ a voulue et qu’il continue de vouloir.

Nous venons d’entendre l’apôtre Pierre nous parler de « pierres vivantes » édifiées en construction spirituelle (cf. 2 Pi 2, 4-9). L’Eglise peut être comparées à un arc de pierres : pour qu’il tienne, la clé de voûte du centre est nécessaire ; mais sans les autres pierres, l’arc n’existerait pas.

La clé de voûte, c’est bien sûr, le Christ. Il agit en tous les baptisés, présent dans chacun avec le Père et le Saint-Esprit. Son Esprit agit aussi dans notre monde. Mais il est invisible. Il est donc représenté visiblement par l’évêque, les prêtres et les diacres comme clés de voûte visibles. Toutefois, il ne peut pas y avoir l’Eglise sans les autres pierres vivantes que sont les chrétiens consacrés.

Les prêtres exercent ainsi leur ministère en collaboration avec les autres chrétiens pour que toutes les pierres de l’arc soient bien jointes et tiennent ensemble. Ils ont sans cesse à former les baptisés pour être disciples missionnaires du Christ, à les encourager et à assurer leur communion. De plus, comme des maçons, ils ont à tailler de nouvelles pierres pour que toute l’Eglise assure sa mission dans des groupes humains qui ne connaissent pas le Christ.

Ainsi, moins que jamais, on ne peut être prêtre tout seul. La mission est mieux assurée par plusieurs personnes que par une seule. Et cela dans les trois grandes fonctions de l’Eglise : annoncer le Christ, célébrer le Christ, servir la société au nom du Christ.

Votre tâche sera passionnante et magnifique, même si elle ne sera pas facile tous les jours. Elle se heurtera aux mêmes difficultés et aux mêmes refus que le Christ a essuyés. A la différence que Lui a exercé sa mission de manière parfaite, tandis que nous, nous sommes traversés par le péché et succombons parfois à la tentation de devenir propriétaires de notre mission ou bien de nous installer à notre compte.

En s’adressant aux séminaristes, Jean-Paul II leur disait : « Si le Christ est présenté aux jeunes avec son vrai visage, ils le voient comme une réponse convaincante et ils sont capables de recevoir son message, même s’il est exigeant et marqué par la Croix. C’est pourquoi, me laissant prendre par leur enthousiasme, je n’ai pas hésité à leur demander un choix radical de foi et de vie, leur indiquant une tâche merveilleuse : se faire les « veilleurs du matin » en cette aurore du nouveau millénaire » ( Novo millenio ineunte)

 

DEVENEZ  PRÊTRES  D’UNE EGLISE …

Quelle est la mission de l’Eglise à laquelle vous êtes ordonnés ? Je voudrais rapidement évoquer trois aspects –parmi d’autres- qui me paraissent essentiels pour notre département de Charente-Maritime. Je pressens qu’ils le sont aussi pour le diocèse de Jacmel

 

… QUI  TEMOIGNE  DE  L’ESTIME  ET  DE  LA  PROXIMITE  DE DIEU 

Etre chrétien, c’est croire que Dieu estime chaque personne humaine. Non seulement les catholiques et les autres chrétiens mais tous les humains sans exception, dans la diversité de leurs cultures, de leurs religions ou de leur indifférence religieuse. Chacun de nous est estimé par Dieu : en avons-nous réellement conscience ?

Cette estime de Dieu est une des conséquences de l’Incarnation. Le Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ est un Dieu proche des hommes. Il n’est pas resté à distance. Il est venu partager notre condition humaine avec ses joies et ses souffrances pour que nous puissions partager sa condition divine. Il n’est pas resté lointain, il est devenu proche. Il ne s’est pas contenté d’une visite de passage, il demeure avec nous, de manière définitive. « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » ( Mt 28,20).

Devenus proches des personnes qui vous seront confiées, allez vers elles, partagez leurs préoccupations et leurs aspirations, montrez-leur l’estime de Dieu.

 

… QUI  TEMOIGNE  DE  LA  FRATERNITE  HUMAINE

ET AGIT POUR LA DEVELOPPER

Puisque Dieu estime chaque être humain, il nous invite à nous estimer les uns les autres. Il est le Père de tous et nous sommes ses enfants. Il nous appelle à devenir de plus en plus frères, vraiment responsables et solidaires les uns des autres. Il est le Père de tous et nous sommes ses enfants. Il nous appelle à devenir de plus en plus frères, vraiment responsables et solidaires les uns des autres. A agir pour que chacun, libéré des fatalités qui l’accablent, puisse donner le meilleur de lui-même et remplir le rôle que Dieu désire pour lui. Qu’il puisse vraiment développer ses capacités en ayant accès à l’eau, à une nourriture saine et équilibrée, à l’éducation, aux soins, à la culture et à une formation spirituelle. Car l’authentique développement humain passe par l’accueil de Celui qui fonde notre fraternité.

Dans vos ministères, travaillez à cette fraternité. Vous savez qu’en France, s’il y a beaucoup de richesses économiques (mal partagées, il est vrai), les pauvretés spirituelles sont importantes.

 

… QUI  TEMOIGNE  DE  LA  JOIE  DE DIEU 

Dieu est heureux et nous invite à partager son bonheur. C’est la raison pour laquelle il est venu demeurer parmi nous. Quand nous affirmons que Dieu nous sauve, c’est ce que nous voulons dire. Et pour cela, il nous arrache au péché, il nous pardonne. Car c’est le péché qui nous empêche d’être heureux dès maintenant.

Dieu nous sauve non pas de manière magique mais en nous faisant confiance. La magie, c’est demander à Dieu de faire les choses à notre place. La foi, c’est répondre à la confiance de Dieu en prenant nos responsabilités sans résignation.

Dans votre vie pastorale, témoignez de cette joie et de ce bonheur auxquels Dieu nous appelle aujourd’hui. Ce ne sont ni le mal ni la violence qui auront le dernier mot, nous sommes tous en marche vers la Plénitude de la joie.

+   B. Housset  évêque  de la Rochelle et Saintes